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Ghost of the past

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Mary Ann Cromwell
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MessageSujet: Ghost of the past Jeu 21 Jan - 10:37


Ghost of the past
ft. Abraham
Le flot ininterrompu d'une foule compacte sortait du grand chapiteau dressé à l'extérieur de la ville. Un léger brouhaha se mêlait aux ultimes accords égrenés d'un orgue mécanique jouant une mélancolique mélopée accompagnant l'exode. Postée à quelques pas des spectateurs, Mary Ann s'ouvrit aux émotions de ce qui fut pendant un peu plus d'une heure son public. Comme si on avait poussé la porte d'une immense cuisine, les sentiments de la foule s'échappaient des corps, tels des arômes, des fumets, des senteurs. La jeune veuve reconnut instantanément l’âcreté résiduelle du dégoût généré par la vue de difformités physiques. Elle perçut la sempiternelle et sucrée pitié bien-pensante de ceux et celles qui murmuraient du bout des lèvres qu'un trépas serait préférable au sort de ces "abominations" condamnées à vivre. Parfois, Mary Ann décelait les notes entêtantes d'un désir non-avoué et teinté de honte pour ces chairs torturées. La piqûre de l'épicée rage se faisait de plus en plus rare...les gens de Crimson Peak commençait à s'habituer à son show et si ces derniers avaient caressé le rêve de voir le chapiteau s'effondrer, dorénavant, il s'en moquait ou l'ignorait.

Les derniers retardataires apparurent, emboîtant le pas à Mr Willow, son tribun de nain qui présentait les différents numéros et personnages. Malgré sa taille, il faisait montre d'une certaine autorité, sa verve, son verbiage ne souffraient d'aucune protestation et même les spectateurs les plus hautains battaient dignement en retraite lorsque le petit homme leur ordonnait qu'il était temps de quitter les lieux. Mary Ann prenait grand soin de ses monstres et si, dans les premiers mois de cette aventure elle n'avait perçu ces créatures que comme un revenu complémentaire à son héritage conséquent, elle avait appris à les estimer, se surprenant à découvrir la beauté macabre de leurs âmes blessées. Les préjugés furent vite balayés, elle resta une gérante stricte et juste mais profondément bienveillante. D'ailleurs, elle mettait un point d'honneur à leur rendre leur identité dès qu'il quittait l'arène. La femme à barbe, le plus vieil homme du monde, Tom Pouce ou les jumeaux télépathes redevaient Cora, Charles, Phineas...des êtres humains à part entière avec un nom et un prénom, des acteurs qui abandonnaient leur rôle une fois que Mary Ann les avait payés. Elle n'acceptait pas les représentations privées et les rappels personnels. Mary Ann trouvait cette pratique indécente, sapant l'amour-propre qu'elle essayait de susciter et d'entretenir chez ses monstres et satisfaisant l'arrogance et le sentiment de supériorité de ses contemporains. Pourtant, malgré cet état de fait connu, il restait toujours une poignée de tristes sires prêts à allonger les espèces sonnantes et trébuchantes pour se gaver d'un peu plus de bizarreries bien que le rideau soit baissé depuis de longues minutes. De son pas claudiquant, Mr Willow se dirigeait vers elle précédant trois dandys hilares. Le regard pâle de Mary Ann se baissa sur son Mr Loyal qui esquissa une grimace moqueuse à l'égard de son cortège, singeant leur babil incessant à leur insu. Inutile d'être empathique pour voir qu'il était exaspéré au plus haut point. Levant le poing devant sa bouche, le gnome toussota fortement pour indiquer à sa suite qu'ils étaient face à la gérante. Saluant Mary Ann, Willow lui expliqua succinctement que ces lords avaient "lourdement et pesamment" insisté pour la rencontrer afin de s'enquérir du tarif pour une représentation privée. Adressant un sourire compréhensif à son employé, la jeune femme le congédia en le remerciant, son expression se figea, perdant toute chaleur lorsqu'elle croisa le regard du trio devant elle. Elle laissa les hommes parler gardant le silence mais sans perdre une miette de leur laïus.

Bonté divine...que ces énergumènes sont tristes et banals. On lui passe la pommade habituelle sur le déroulé de sa représentation - flagorneries et galanteries nauséabondes qui la crispaient plus que l'amadouaient, on salue son audace, on aborde pudiquement le numéro qui a été à leurs yeux le plus remarquable et on émet le souhait de pouvoir profiter seul de ce dernier. Lui annoncer frontalement qu'ils avaient envie de se masturber aurait été plus décent. Le sourire de Mary Ann s'évapora lorsque le porte-parole du groupe évoqua son aisance financière et qu'il accepterait le prix qu'elle désirait. Secouant lentement la tête, elle croisa gracieusement les mains devant elle. Je suis au regret de porter à votre connaissance que cette pratique n'a jamais eu cours, et n'aura jamais cours, en ce lieu. Elle leva impérativement un index lorsque l'un d'entre-eux entrouvrit les lèvres pour répliquer. Et ce quel qu'en soit le prix. Je vous souhaite donc une excellente fin de soirée si vous n'avez plus rien à dire. Profitant du silence installé, Mary Ann tourna les talons s'apprêtant à se diriger vers la tente qu'elle occupait lorsqu'elle était ici mais une main osa se refermer sur son épaule la contraignant à faire volte-face. Ses iris clairs se posèrent sur ces cinq doigts velus avant de se planter dans ceux de l'homme qui avait repoussé le porte-parole. Cheveux gominés, petite moustache bien taillée, allure fringuante, il avait l'allure du jeune parvenu oisif dont la seule préoccupation journalière devait être l'harmonie de ses vêtements. L'archétype du jeune adulte moderne et bien né qui se croyait tout permis, son argent justifiant les comportements les plus déplorables. Mary Ann arqua un sourcil. Vraiment? commença-t-elle d'une voix onctueuse et d'un ton faussement surpris. Sans crainte, elle soutint le regard de l'inconnu, endurant la puanteur de l'arrogance et le poivre de la colère qui en émanait. Dégageant gracieusement son épaule, elle poursuivit, sa voix réduite à un murmure de mauvais augure. Un piaulement de ma part et ces êtres qui vous ont choqués sortiront de leurs tentes. Le spectacle est terminé, my Lord, vous êtes de retour dans le monde réel où les monstres ne sont pas offerts à votre vue en pleine lumière mais tapis dans les ténèbres prêts à vous rappeler pourquoi vous redoutez l'obscurité. Rentrez chez vous. acheva-t-elle d'un ton impérieux en s'adressant cette fois-ci aux trois jeunes hommes. Pour la seconde fois, elle s'éloigna tandis qu'une tente s'ouvrit pour révéler son Hercule, un mégot de cigare planté au coin de ses lèvres. Derrière elle, elle entendit le froissement d'une veste que l'on retenait suivi d'un chapelet de jurons guère harmonieux pour un homme vêtu avec raffinement. D'un léger signe de la main, elle salua l'Hercule avant de disparaître au détour d'une tente...
...pour tomber sur une nouvelle silhouette. Encore un? Elle laissa filer un petit reniflement irrité choisissant d'ignorer cet ultime gêneur jusqu'à ce qu'elle parvienne à sa hauteur. Vous n'avez plus à faire ici. Allez vous-en. lâcha-t-elle d'un ton sec et aride avant de le dépasser sans lui accorder aucune attention..



   
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Abraham Van Helsing
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MessageSujet: Re: Ghost of the past Lun 25 Jan - 21:30


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Dès que le freak show était en représentation, la rumeur se répandait comme une trainée de poudre. Dès lors que les monstres s’exposaient à la vue des spectateurs avides, sitôt qu’ils s’exhibaient sous leur attention indiscrète, soumis à leurs chuchotements critiques, tout Crimson Peak était en effervescence. Là-bas, on aimait la différence, on se délectait de remarquer les difformités jusqu’à payer pour voir un tel spectacle. Ici bas, on assistait à ce spectacle par égoïsme, dans l’espoir de se réconforter sur sa situation ou sur son physique. Sous le chapiteau, on s’abreuvait des attitudes de l’handicapé et on nourrissait des fantasmes prohibés par la morale victorienne. Derrière ces rideaux, on privilégiait le vice du regard et la pitié des considérations, en dépit de l’empathie qui attendait désespérément de pouvoir apaiser les maux. Les pauvres venaient chercher le divertissement et l’oubli tandis que les plus nantis attendaient la décadence et le sentiment de supériorité. L’abandon de l’âme pour le plaisir des sens, l’unicité d’une communauté pour la foire aux individus : de tels sacrifices ne valaient pas le prix du billet. C’était par l’abus d’autorité qu’Abraham avait fait savoir sa position, il était hors de question que ses deux enfants de cœur, ses protégés ne mettent les pieds là-bas. Ils ne participeraient pas à donner aux étoiles d’un soir l’espoir d’une célébrité ou d’un renom. Ils ne prendraient pas part à cette illusion immorale qui n’allait duper personne sain d’esprit. Oh, il ne pensait pas que les acteurs du freak show étaient fous sinon désespérés d’avoir ce qu’on ne leur avait jamais accordé : de l’attention, peut-être même du respect. En revanche, la plupart des spectateurs ne songeaient pas à ces créatures-là, une fois la représentation achevée. Ils étaient égoïstes, détestables, impardonnables. Des mois durant, depuis que le freak show s’était développé aux frontières de la ville, Abraham s’était refugié derrière cette opinion de médecin et ces raisons pragmatiques. Il avait tant étudié l’esprit humain qu’il demeurait persuadé qu’autour de lui, la faiblesse humaine était toujours à l’œuvre. Plus il vieillissait, plus l’homme se sentait épris de l’irrémédiable fatalité qu’un jour, la race humaine finirait piégée non seulement par le surnaturel, mais surtout par ses propres erreurs. Abraham était triste d’être devenu un homme aussi nostalgique d’un temps qui n’existerait jamais et ce fut dans un de ces moments d’introspection résignée, alors qu’il était seul entre les murs de son immense manoir, qu’il prit la décision d’aller une fois de plus sur le terrain. Il comptait vérifier ses théories et essayer de prouver qu’il avait raison, en allant assister au nouveau numéro spécialement préparée pour cette nuit-ci.

Assis au milieu de la foule, son chapeau melon le dérobant aux coups d’œil curieux, Abraham s’était attendu à de l’inconnu, du froid, de la distance entre la scène et lui. Néanmoins, il avait été frappé par la réalité de l’instant. Durant plus d’une heure, il avait été envahi par les frissons de l’effroi, la lourdeur du chagrin, l’envolée de l’exaltation et la vague de l’indignation. Ses prunelles claires s’étaient brouillées de larmes, ses joues s’étaient empourprées de chaleur, ses poings s’étaient serrés par l’impulsivité et surtout, son cœur s’était ranimé. D’anciennes émotions l’avaient étreint, en écho à un passé pas si lointain. Ce passé lui-même l’avait étreint de nouveau lorsque par hasard, ses iris avaient rencontré la silhouette de la maîtresse des lieux. Même dans l’ombre, il aurait reconnu entre mille cette taille marquée, ce port de tête et surtout cette attention particulière qu’elle accordait à ses protégés. Mary Ann Cromwell, le reflet de sa vie londonienne, la figure d’un autre manquement à ses devoirs, à l’échec de n’avoir pu préserver ceux à qui il tenait. Encore une âme qu’il avait quittée, qu’il avait abandonné au sort lugubre de la capitale et du deuil pour mieux se tapir dans sa ville natale. La simple présence de cette femme avait suffi à balayer d’un revers de main tout ce qu’il avait pu ressentir quelques minutes auparavant. Sa simple présence suffisait à l’écarter de toute autre complaisance. Désormais, seule une question obsédait son esprit : la fuir ou l’approcher ? Se représenter à elle, fantôme oublié, ou la laisser à ses nouvelles activités ? Il n’était finalement pas si surpris de la voir à la tête d’une telle affaire, d’un tel spectacle aux intentions finalement plus louables que les autres voulaient bien lui prêter. Puis, avant que le temps ne lui soit donné de réfléchir, la fermeture des rideaux annonça la fin de l’exhibition et le temps pour les clients de déserter. Tandis que l’hôte se chargeait de quelques envieux retardataires, Abraham se faufila entre les voiles de tente, guettant l’instant où elle serait seule. Son oreille capta des éclats de voix, un ton féminin et autoritaire mais il décida de ne pas s’en mêler. Ici, à Crimson Peak, l’un n’était rien pour l’autre et avant de savoir sur quelle note battait le cœur de Mary Ann, il resterait sur cette hypothèse.

La femme s’approcha de lui puis lui ordonna de quitter les lieux, sans aucune autre forme de politesse. L’avait-elle reconnu ou bien congédiait-elle le moindre client dans la crainte d’une demande incongrue et déplacée ? Son corps dépassa le sien, son dos déjà tourné vers lui, et Abraham n’eut que le temps d’attraper délicatement son poignet pour empêcher la fuite. Son palpitant battait à tout rompre, l’homme se sentant au bord de la falaise, oscillant au gré du vent de l’incertitude. Et si Mary Ann décidait de se libérer de son étreinte, alors il se retournerait à jamais et oublierait jusqu’à l’existence même de la jeune femme. « Vous accorderiez bien quelques instants au souvenir d’un ami ? » Il s’avança d’un pas, afin que la lumière pâle de l’astre lunaire ne vienne éclairer la moitié de son visage que son chapeau n’abritait pas : cette mâchoire carrée couverte d’une toison brune, ses pommettes hautes et saillantes et l’ombre d’un sourire qui peinait à fendre sa bouche. « Le spectacle était fabuleux, à l’image de votre bienveillance. Même si je ne vous imaginais pas au cœur d’une telle troupe. »




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Mary Ann Cromwell
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MessageSujet: Re: Ghost of the past Mar 26 Jan - 9:30


Ghost of the past
ft. Abraham

Il lui tardait de retrouver la quiétude de sa tente, sa forteresse de solitude du cirque, son sanctuaire. La toile tendue derrière le large bureau de la gérante du cirque cachait un confortable salon dans lequel Mary Ann se laissait aller à ces activités masculines qui dérangeaient la bien-pensante de ses contemporains. Lectures impies, thèmes et versions de codex païens. Elle s'y instruisait. Elle y fumait. Elle y buvait. Elle s'abandonnait à des enregistrements de musique indienne ou africaine gracieuse, vénéneuse et indécente créature qu'aucun oeil ne contemple. Mais il semblerait que ce soir, le destin ai décidé d'un tout autre final. Pour la seconde fois en quelques minutes, on ose la toucher. On l'empêche d'avancer. Une main se referme sur son bras mais la poigne est bien différente de celle qui l'a précédée. Suffisamment ferme pour retenir son attention mais aussi délicate qu'une invitation. Qu'importe l'identité de cet intrus et ses intentions. Mary Ann n'aspire qu'au repos en cet instant. Une injonction sèche de la lâcher remonte dans sa gorge. Ses lèvres forment la première syllabe d'un ordre cinglant boursouflé par tout le mépris qu'elle est capable de rassembler mais l'inconnu ne lui laisse pas le temps de s'exprimer. Et la voix qui crève alors le silence...cette voix...elle fige soudain le réel, arrachant cette seconde hors du temps. La brise nocturne semble soudain cesser de souffler. Le bruissement des feuilles des arbres se tait. Mélancolie, colère et allégresse se percutent tandis qu'un visage surgit des limbes d'un passé jamais oublié. Abraham... Ce n'est pas une réplique acide qui s'échappe des lèvres entrouvertes de Mary Ann mais une expiration silencieuse, tremblante, qui assèche aussitôt sa bouche. Son corps se crispe tandis que son coeur rate un battement. Le regard qu'elle tenait baissé se lève soudain. Abraham Van Helsing...bien plus qu'une simple connaissance, ce fut un fidèle ami londonien. Un ami que Mary Ann avait toujours vu et perçu comme un homme plein de principes et d'honneur. Un homme en qui elle avait tellement confiance qu'elle ne prenait plus la peine de contrôler son empathie en sa présence. Et au moment le plus critique de sa vie, il s'était volatilisé sans tambours ni trompettes. Abandonnée avec une brutalité qu'elle n'a jamais compris, Mary Ann avait été contrainte d'affronter une véritable tempête sans son précieux soutien.

L'euphorie provoquée par cette voix est de bien courte durée, parasitée par une rancoeur qu'elle n'a jamais pu exprimer. Le temps reprend brusquement son cours. Mary Ann ne dégage pas son bras de la poigne d'Abraham. Lentement, elle pivote pour lui faire face, plongeant les yeux dans l'ombre noire d'un chapeau qui masque le haut d'un visage, se claquemurant rapidement derrière son "mur" invisible et infranchissable. Le souvenir d'un ami...la formule est on ne peut plus juste car, en réalité, qui est cet homme qui la retient? Elle avait cru en ce lien solide qu'elle avait tissé avec Abraham Van Helsing, en cette sincère et profonde amitié inébranlable. Comment pourrait-il être la même personne qui est partie avec une telle indifférence? A moins qu'il n'ai été un tricheur dès le début.
Elle le fixe sans ciller, s'efforçant de maîtriser ce trouble qu'il provoque en elle et il avance alors d'un pas, laissant les rayons blafards de la lune éclairer soudain son visage. Quel étrange spectacle. Elle se retrouve soudain spectatrice d'un troublant numéro télescopant des sentiments contradictoires. Elle voudrait le pendre et se suspendre à son cou. L'étreindre pour s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un mirage avant de le gifler violemment. Son bras glisse lentement entre les doigts d'Abraham et elle ne peut empêcher sa main de s'attarder dans la sienne avant de rompre le contact avec lui. Un sourire plisse légèrement les yeux de Van Helsing quand il la félicite pour le spectacle de ce soir; et il lui avoue à mots couverts avoir compris ce qui se passait réellement sur scène. Il a vu ce qui se cache derrière les numéros. Mary Ann Cromwell n'est pas la reine des monstres, elle est leur "bienveillante" protectrice. Malgré cette évidence, cette preuve qu'ils ne sont pas des incompris malgré des années d'absence, elle ne peut se résoudre à se laisser aller comme autrefois. Elle écarte d'un revers du bras cette spontanéité qui brûle de s'exprimer et arbore cette attitude lisse et altière qu'elle réserve à tout un chacun.

Je ne vous imaginais pas vivant et adepte de ce genre de spectacle. lâche-t-elle d'un ton onctueux en faisant écho aux paroles d'Abraham. L'allusion est piquante, cynique malgré l'attitude veloutée de la jeune femme. Cela fait combien de temps, Abraham? Quatre ans? Cinq ans? reprend-elle en baissant les yeux sur une de ses mains sur les doigts de laquelle, elle se permet de compter ces années sans aucune nouvelle. Haussant les épaules avec nonchalance, elle sourit chaleureusement à Abraham, un de ces sourires feints qu'elle ne réserve qu'aux soirées huppées où la plus belle sincérité devient le manteau de la plus abjecte hypocrisie. Fichtre...le temps passe si lentement quand on est plongée dans le silence. soupire-t-elle en fronçant légèrement les sourcils. Mais je vois que vous allez bien. conclut-elle en le regardant de bas en haut, une main glissée sous son menton d'un air pensif. Je vous met dans l'inconfort mais vous allez bien.



   
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Abraham Van Helsing
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MessageSujet: Re: Ghost of the past Dim 31 Jan - 10:15


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Ce fut une sensation étrange, inattendue alors que la réalité se matérialisait enfin devant son visage. Mary Ann Cromwell était bel et bien présente en ces lieux, la veuve qu’il avait étreinte et consolée après le suicide son époux. Sur son visage, Abraham ne lisait pas les années passées. Ses traits demeuraient toujours lisses et son expression toujours volontairement distante. Sa peau de porcelaine reflétait si bien les lueurs de la lune comme si ses rayons avaient été créés pour la sublimer. Quant à ses cheveux de jais qui encadraient ce visage de glace, ils étaient toujours la pénombre eux-mêmes, dégageant quelques nuances subtiles et rappelant à son admirateur que la jeune femme n’était pas une rose sans épine. Car Mary Ann s’était peut-être montrée tendre amie, épouse fidèle, femme digne, elle ne portait pas moins les facettes obscures de l’humanité. Elle avait connu bien plus d’horreurs que n’importe quel badaud, soi-disant aventurier, sur ce territoire. Encore ce soir, elle prouvait qu’elle ne craignait pas la noirceur et l’inconnu tant redouté. Elle avait offert refuge à des personnes écartées d’un quotidien normal qui n’avaient plus que leur différence pour espérer survivre. Que le corps survive car l’esprit avait été certainement endommagé par le rejet des autres. Voilà, selon Abraham, le mal ultime duquel souffraient bien des patients qu’on considérait aliénés. L’abandon des autres et finalement, l’abandon de soi. Quand l’humain n’avait plus personne à qui se rattacher, plus aucun semblable pour qui faire battre son cœur, qu’est-ce qui subsistait ? Quand on retirait à l’humain tout ce qu’il y avait d’humain, volontairement ou non, qu’est-ce qui empêchait de devenir monstre ou pire, rien ? C’était à des âmes qui avaient laissé l’espoir aux plus chanceux que Mary Ann donnait l’occasion de renaître. C’était par le spectacle et par les apparences que ces mêmes marginaux parvenaient à regagner le cœur de leurs bourreaux. Mais qu’en était-il d’elle ? Elle n’était certainement pas l’héroïne à laquelle il aimait croire. Silencieux, il laissa son poignet lui échapper tandis que leurs doigts s’acclimataient pour la première fois depuis des années. Au lieu de ressentir l’exaltation des retrouvailles, la surprise de l’avoir en face de lui, Abraham ressentit la lourde mélancolie qui vous pesait sur les épaules et surtout la rancœur qui vous dévorait n’importe quel sentiment précieux. Longtemps, il avait cru être l’un des rares êtres à pouvoir lire dans le regard céleste de la jeune femme mais sa propre fuite avait eu raison de la fragile confiance qui s’était établie entre les deux mariés que l’amour avait désertés. Il ne protesta pas quand la brève étreinte se rompit, quand leurs deux corps retrouvèrent leur immobilité, l’un en face de l’autre. A dire vrai, Abraham se contenta d’attendre le glas frapper, éveillant ainsi tous les reproches et toutes les questions dont elle n’avait pas pu lui faire part plus tôt.

C’était un coup du destin, il voulait le croire quand elle lui fit remarquer qu’il n’était pas adepte de ce genre de spectacle. En effet, il n’avait jamais apprécié la mise en scène du corps et la manipulation de l’esprit car il avait appris au fil des décennies, au fil des interminables séances avec ses patients, que le corps et l’esprit étaient les deux choses les plus précieuses de l’homme et malheureusement, celles que l’on atteignait trop rapidement avec trop de violence. La voix de la jeune femme sonnait bien d’une politesse égale à son rang mais elle transperçait les remparts du chasseur avant tant d’aisance. Il la connaissait et derrière tant de distance s’exprimait tant d’amertume. Les doigts fins comptaient une à une les années durant lesquels il n’avait pas été là pour résoudre l’énigme du suicide de son ami et ainsi apaiser ses tourments à elle. Mary Ann égrenait une à une les raisons pour laquelle elle ne lui devait rien. Les épaules d’Abraham ne fléchissait pas, les traits de son visage ne trahissaient rien sinon l’attention. Seul son fort intérieur craquelait, la seule chose qu’il n’ait pu protéger tout ce temps, tandis que son sourire fut brandi comme la plus affutée des lames. Comme pour admettre sa faute, il consentit à retirer son couvre-chef, dévoilant sa tête nue et son regard fatigué, tandis que ses mains maltraitaient discrètement les rebords du chapeau. « Je survis, oui, Mary Ann. » Le Mary affectif n’avait pas été osé mais il n’avait pu s’empêcher de rectifier ses observations. Depuis plus de cinq années, Abraham ne vivait plus mais c’était une évidence sur laquelle il était inutile de s’attarder. « Vous avez vous-même compris que Crimson Peak est un refuge pour les damnés. » Londres était une ville trop chargée de souvenirs pour lui mais pour elle aussi sinon que ferait-elle ici ? « J’ai dû partir, ne vous laisser aucune note faisait partie des sacrifices que j’ai dû faire. » Dans sa voix, seulement de la détermination, de la dignité. Il n’allait pas s’excuser parce que le pardon était hypocrite, le pardon était vain. Mais il fallait au moins qu’elle comprenne ce qui l’avait poussé à retrouver ses terres natales, au nord de la capitale. « Je vois néanmoins que vous avez accompli certaines choses. » Une de ses mains s’éleva dans les airs pour désigner leur environnement, drapé et rudimentaire à l’intérieur, mystérieux et voluptueux de l’extérieur. « Quatre ans, Mary Ann, quatre ans durant lesquelles nous nous sommes efforcés d’avancer. Parallèlement mais jamais très loin, je me trompe ? » Sa main retrouva sa place près de son corps et la statue redevint de marbre, incapable de bouger si son témoin n’esquissait aucun geste. Sans doute préférait-il une gifle à autant de distance.




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Mary Ann Cromwell
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MessageSujet: Re: Ghost of the past Jeu 18 Fév - 13:22


Ghost of the past
ft. Abraham

Derrière le masque de porcelaine, l'impassibilité de Mary Ann n'existe pas. Si elle s'emmitoufle dans la froideur et le détachement, c'est une tiédeur bien différente qui habite son coeur. Ce cher Abraham...sa disparition subite alors qu'elle était au bord du gouffre n'avait qu'ajouté un poids au malheur qui la frappait il y a maintenant quatre années. Elle aurait souhaité pouvoir s'appuyer sur lui lorsque les mauvaises langues londoniennes ont commence à siffler qu'elle était la cause du trépas de son époux. Elle aurait aimé que la voix du bon docteur Van Helsing ai été un bouclier contre l'opprobe qui la cinglait alors. Elle n'avait pu se protéger que derrière la silhouette de Jeremiah, l'homme par qui les prémices d'un scandale surréaliste étaient nés. Les lèvres serrées, elle leva son regard clair sur le visage de ce fantôme qui surgissait bien brutalement des brues du passé. Il avait ôté son chapeau, révélant à la lumière de la lune des traits plus las que dans son souvenir mais il n'avait rien perdu de ce charisme fou qui émanait de lui. Abraham Van Helsing avait toujours été un homme à la présence apaisante. Discrètement, il malmenait du bout des doigts les bords de son galurin, seul geste qu'il esquissait sans réellement y passer et qui n'échappa pas au regard acéré de la jeune femme.

Survivre...ils sont tous deux des survivants. Ils ont traversé des épreuves qui auraient laissé pour mort nombre de leurs semblables. Certes, ils les ont surmonté mais ils ne s'en sont pas sortis indemnes pour autant. Ils ont tous deux laissés plus que quelques plumes dans les tempêtes qu'ils ont essuyées. En signe d'assentiment à l'affirmation d'Abraham, Mary Ann baisse un instant les paupières sur la glace de ses iris. Nous survivons et cette ville est bel et bien un asile pour ceux dont l'ombre est tapissée par d'antiques forfaits ou des remords bien trop lourds à porter dans un environnement familier. Se déraciner n'est pas qu'un signe de force de caractère, c'est également un bien amer constat d'échec. Abraham mentionne brièvement les sacrifices qu'il a du faire, laisser Mary Ann dans le silence, l'abandonner dans son deuil en faisait partie. Le masque se fissure à peine lorsqu'elle entend ces mots...comme elle aimerait y croire à ces actes difficiles et aux choix douloureux auxquels son ancien ami a dû se contraindre mais elle évolue toujours dans les ténèbres, ignorante d'une réalité qui ne lui appartient pas et qui lui échappe toujours. Les flammes de la rancune faiblissent un peu car elle n'a pas oublié qu'Abraham est quelqu'un au coeur noble et à l'âme vertueuse, il ne se serait pas laissé à commettre de telles actions répréhensibles et irrespectueuses sans être cruellement acculé. Ca serait faire preuve d'un égoïsme bien laid que de s'estimer au-dessus des obligations qui ont soumis cet homme au parjure. Un léger froissement de tissu révèle le geste de réconciliation qu'elle s'apprêtait à faire, une main qui se tendait de quelques centimètres en direction du bras d'Abraham. Geste dont elle avorte rapidement avec tout l'orgueil blessé féminin qui ramène dans son giron cette manifestation d'attendrissement. Mary Ann croise les bras sur sa poitrine, étreignant les pans de son châle comme un naufragé s'accroche à une bouée par crainte de sombrer dans des eaux noires et des profondeurs insondables. Elle soupire. Elle courbe un instant la nuque. Elle le laisse parler encore quelques secondes avant d'opérer un lent demi-tour. Suivez-moi, Abraham. Nous nous devons autre chose qu'un dialogue au milieu des allées froides et désertes d'un cirque de campagne, hum?

Quelques minutes suffisent pour qu'ils atteignent la tente de la gérante du cirque de Crimson Peak. Ni plus grande que les autres ni plus spatieuse, l'intérieur est toutefois confortable. D'anciennes bannières présentant d'anciens monstres tombent le long des murs de toile, un bureau chargé de feuillets et de carnets se font dans la semi-obscurité qui règne. Mary Ann allume quelques bougies fichées sur des candélabres judicieusement disposés et une lumière douce envahit l'espace. Soufflant sur la flamme de sa longue allumette, la jeune femme indique à Abraham Van Helsing un couple d'ottomanes. A pas mesurés, elle s'approche de celle qui est restée vacante et lève enfin son regard clair sur son hôte. Le dos raidi, elle penche doucement la tête sur le côté arquant un sourcil. Et maintenant, me direz-vous? Un court soupir amusé accompagne un demi-sourire loin d'être une expression de détente ou de relâche. Des tas de questions se bousculent à ses lèvres, des reproches, des regrets. Ses mâchoires se crispent une seconde. Une flamme vacille sous un courant d'air frais. Mary Ann croise les mains sur ses genoux avant de reprendre la parole. Vous savez ce que j'attends, Abraham... continue-t-elle à voix basse, son regard cristallin et pénétrant rivé à celui de son ancien ami. Oh oui, il doit savoir ce qu'elle attend. Pourquoi Abraham? Pourquoi avez-vous quitté Londres? En silence, Mary Ann baisse une à une ces barrières qui l'empêchent de se laisser envahir par les émotions des autres. Sa respiration est calme et régulière mais ce sixième sens est prêt à l'aider à découvrir la vérité.



   
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Abraham Van Helsing
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MessageSujet: Re: Ghost of the past Lun 7 Mar - 18:04


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Peser le pour et le contre pour approcher cette femme qui semblait si nouvelle. Une nouvelle hôte, une nouvelle maîtresse des lieux. Une nouvelle mère pour des âmes en perdition qui ne cherchaient que la reconnaissance de leurs pairs. Où était passée la veuve qui pleurait le suicide de son mari ? Rien dans son visage de porcelaine ne faisait comprendre qu’elle avait enduré un tel malheur. Rien dans ses yeux de cristal ne laissait croire qu’elle avait pleuré cet être cher avec qui elle était liée à vie. Mary Ann était sans nul doute une des femmes les plus déterminées et les plus fortes émotionnellement qu’il lui ait été donné de fréquenter. Malgré les préjugés que subissaient le sexe féminin, certaines d’entre elles aimaient s’appliquer à être l’exception. Elle faisait partie d’entre elles. Tandis que maintes fois, il avait voulu prêter son épaule réconfortante et son soutien d’homme bien placé dans la société, elle s’était toujours refusée à ne rendre des comptes qu’à elle-même. Ses actes n’étaient que dictés par sa propre conscience et d’abord surpris des quelques rebuffades qu’elle lui avait asséné, il avait fini par être fasciné par elle. Une observation distante et toujours respectueuse de l’homme qui avait été un grand ami de Sir Cromwell. Il s’était contenté de l’aider à trouver des réponses quand bien même la mort de l’époux demeurait toujours inexpliquée. Parfois, le désir de faire appel à une médium l’avait taraudé jusqu’à ce qu’il ne se résigne, lucide quant aux conséquences vaines que provoquerait une communication avec l’au-delà. Monsieur avait été homme de secret et Madame ne se satisferait jamais des réponses mystiques de la bouche d’une intermédiaire. Deux êtres exigeants avec eux-mêmes et avec les autres au milieu d’un territoire plus tout à fait neutre. Crimson Peak était sa terre natale mais le freak show était ses frontières à elle. Il n’avait aucun droit ici sinon celui de répondre à ses interrogations. Peut-être qu’il ne lui devait rien au fond, mais c’était un remord auquel il souhaitait remédier. Il lui devait l’amitié de longue date qu’ils avaient entretenue, le respect qu’ils s’étaient démontrés lors des moments les plus sombres de leur histoire respective. Abraham n’était pas roi en ces lieux et il accepta ce sort avec incertitude. Mary Ann le convia vers d’autres appartements plus chauds et plus chaleureux et il la suivit, d’un pas calme qu’il avait appris à maîtriser même lorsque son être intérieur bouillonnait.

Une fois la représentation terminée, le cirque redevenait désert. Un silence de mort régnait, maîtresse des aspirations secrètes, et il abandonnait à la nuit les peurs de ses habitants, hurlées dans les songes. Plus personne ne hantait ses lieux et Abraham s’attendit à tout instant à apercevoir une silhouette fantomatique errer entre les tentes. Mais tout était paisible, étrangement, peut-être que les monstres effrayaient même les trépassés ? L’homme retrouva une atmosphère quelque peu familière au sein de la tente de Mary Ann, même si aucun bibelot ne paraissait la raccrocher à sa vie londonienne. Le quadragénaire s’assit sur l’ottomane le plus proche de lui, laissant sa paume rêche s’égarer sur le tissu. C’était étrange, ce besoin de renouveau revendiqué, alors que le passé se tapissait encore autour d’eux. Abraham n’avait rien emporté de ses meubles, de ses effets personnels qu’il avait possédés à Londres dans l’appartement qu’il avait partagé avec Audra. Seuls ses armes, ses carnets de médecin, ses notes de chasseur et quelques vêtements avaient été pris à la hâte, pour survivre jusqu’à ce qu’une nouvelle vie se construise ici à Crimson. Tout recommençait à zéro avec Evangeline et désormais Elliott. Comment le lui expliquer ? Comment faire comprendre qu’il avait arraché une adolescente à sa famille afin de construire la sienne ? Comment ne pas passer pour ce qu’il n’était pas ? La confiance était un fil bien fragile et il craignait déjà de l’avoir endommagé par son départ inopiné. Ses yeux noisette se plongèrent dans le regard abyssal de Mary Ann. Était-elle en mesure de lire en lui ? Qu’elle lui évite des mots qui n’étaient pas assez forts et des raisons bien trop égoïstes. Qu’ils continuent ainsi de se sonder, de se contempler dans ce silence. Pourtant, la jeune femme l’incita à poursuivre, à laisser sa bouche formuler le récit qu’elle attendait tant. Sans doute serait-elle déçue. Fallait-il risquer encore de perdre son estime qui lui avait été cher autrefois ? « J’ai failli. » Il avait failli à son éthique de médecin, à son devoir d’époux pour devenir un véritable chasseur. Mais elle ne connaissait rien du surnaturel, seulement les fantasmes que la vision de ses protégés provoquait chez les esprits les plus tordus. Il ne pouvait pas tout dire. Mais elle saurait alors qu’il mentait. « Je n’ai pas supporté de devoir rester seul à Londres alors qu’on m’empêchait de voir Audra. » Seul sans femme, seul sans fils, même si elle, avait été là. « Mon enquête sur Ephraïm menait à des pistes trop obscures, nous allions y laisser notre peau. Il fallait que je prenne du recul, mais je n’abandonne pas, Mary Ann. » Il fallait simplement qu’elle se rappelle à lui, qu’elle soit la lumière dans cette perdition interminable. « Puis il y a quelqu’un… Quelqu’un qui n’aurait pas dû être là et qui ne doit pas retourner à Londres. » Sa rouquine, sa fille adoptive, sa protégée. Sa voix posée et son visage impassible traduisaient la gravité de ses actes et le poids de ses mots. Abraham se pencha pour poser ses avant-bras sur ses genoux, s’approchant ainsi de la silhouette de Mary Ann en face de lui. Elle ne l’avait toujours pas étreint et n’avait toujours pas démontré aucun signe de complicité ou de pardon. Il était à sa merci. Libre à elle de mettre le doigt là où elle le souhaitait.




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MessageSujet: Re: Ghost of the past Jeu 10 Mar - 12:42


Ghost of the past
ft. Abraham

J'ai failli...
Les mots sonnent tels un glas funèbre dans la bouche d'Abraham. C'est un aveu qui ne doit pas être aisé à proférer pour cet homme qui s'est toujours montré honorable et que rien ne paraissait être capable d'abattre ou d'ébranler. Mary Ann plisse imperceptiblement les paupières en entendant cette minuscule phrase, ce souffle exhalé avec pudeur, ce pauvre verbe conjugué d'un ton presque las. Serait-ce l'amertume des regrets ou des remords qui étreint le coeur de la jeune femme? Le fait est qu'elle se sent emplie par une douloureuse mélancolie qui n'est pas uniquement que la sienne. Le passé semble soudain tellement loin et inaccessible, irrémédiablement perdu. Les liens qui les rattachaient l'un à l'autre ne sont plus que de longs lambeaux fantômatiques et déchiquetés. Elle déglutit en silence, incapable de détourner son regard de glace du visage fatigué d'Abraham. Il évoque brièvement la solitude qui le cernait à Londres, une solitude qui a bien failli dévorer Mary Ann elle-même si elle ne s'était pas alors reposée sur Jeremiah. Et puis, Van Helsing mentionne le maillon qui a unit leur deux existences...Audra. La plaie de l'homme est aussi vive que celle de la jeune veuve. Elle ne peut s'empêcher de courber la nuque en entendant ce prénom. C'est une goutte d'encre noire que l'on laisse tomber dans une eau pure : la culpabilité. Quelle ironie cosmique s'est jouée d'eux? L'un a perdu une épouse, l'autre a perdu la soeur qu'elle s'était choisie. Les doigts de Mary Ann se referment sur un pan de sa robe qu'elle étreint avec force jusqu'à ce que les mailles du tissu s'impriment sur sa peau.
Nouvelle phrase, nouveau fantôme qui s'extirpe de la tombe. Et quel fantôme! Ephraïm...son défunt mari. Un homme qui était assurément né trop tôt et était parti bien brusquement. Lorsqu'il est mort, Abraham avait accédé à sa demande, elle l'avait presque imploré de chercher les raisons de ce suicide inexplicable. Rien à sa connaissance ne pouvait justifier un tel acte. La seule chose qui aurait pu amener Ephraïm a tout abandonner de la sorte avait toujours été un secret soigneusement gardé. Nul n'a su, ne savait et ne saurait que le mariage des Cromwell n'avait été qu'une comédie jouée avec brio et talent. C'est une folie insidieuse, sombre et maléfique qui avait dévoré intégralement le bon sens de Sir Cromwell, investissant ses pensées même dans l'inconscience du sommeil. Une folie dont Mary Ann effleure à peine la mortelle réalité. Jeremiah l'avait mise en garde tant de fois depuis qu'elle s'était mise à marcher dans les pas d'Ephraïm...il y a des créatures bien plus redoutables que les démons chrétiens qui ont foulé le sol de la Terre avant même la naissance de l'Homme. Des créatures qui rongent leur frein et n'attendent qu'une occasion pour se répandre telle une peste sur la planète. Des créatures innommables que les peuples les plus isolés, les plus sauvages n'ont jamais oubliés. La peur instinctive qu'a toujours éprouvé l'humanité à l'égard de la nuit est l'ultime héritage de ces êtres chtoniens. Et il ne fait aucun doute pour le métis qu'il y a des hommes suffisamment déments pour espérer leur retour. Obscures et mortelles, telles étaient selon Abraham Van Helsing les routes menant à l'explication de cette tragique disparition. Oh oui, elle en avait dorénavant la certitude. Tout venait de cette fichue statuette que Jeremiah s'était empressé de cacher, de mettre "hors d'état de nuire" comme il le lui avait dit. Il ne lui en restait que les dessins esquissés à la plume par Ephraïm dans un de ses carnets personnels qui ressemblait de plus en plus au fil des pages au journal d'un fou.
Troisième acte de cette tragédie qu'Abraham dépeint d'une voix grave et posée : l'irruption d'un tiers dont l'identité demeure inconnue de Mary Ann. Une personne que Van Helsing a arraché de la capitale et qui ne devrait plus, selon ses dires, y remettre les pieds quel qu'en soit le prix. En temps normal, l'information aurait aiguisé la curiosité de la jeune veuve mais ce soir, elle n'avait pas envie d'en savoir plus, les émotions qui émanaient du corps d'Abraham pour l'envahir ne nécessitaient pas d'explication plus claires ou poussées. Le sentiment d'urgence qui lui serra la gorge quand Van Helsing mentionna cette personne lui suffit amplement. Qui que soit ce tiers quelles que soient les raisons de cette fuite, l'intervention de son "ami" avait été judicieuse et mûe par la noblesse de son âme. Il n'avait jamais eu réellement le choix. Il avait presque du opter pour le moindre mal. Peut-être savait-il d'instinct que Mary Ann était alors déjà suffisamment forte pour s'en sortir seule? Qu'elle possédait déjà cette ténacité inébranlable?
Le silence se pose une nouvelle fois entre eux comme un intrus non convié à cet entretien mais bel et bien présent. Sous la tente, on entend juste le crépitement des flammes des bougies et leur respiration à tous deux. Se passant une main sur la nuque, Mary Ann relève enfin la tête qu'elle avait jusqu'alors gardée résolument baissée.

Quelle genre d'horrible femme serais-je si je vous reprochais éternellement le fait d'avoir essayé de concilier tous ces événements qui vous ont frappé? Vous avez toujours été tellement plein d'abnégation... commence-t-elle d'une voix dont l'intonation s'est adoucie. Un véritable croisé. Elle esquisse un sourire sincère en mentionnant ce terme, invoquant aussitôt une époque sereine où le rire d'Audra se joignait au sien lorsqu'elles le taquinaient sur ses réactions parfois désuètes dignes d'un chevalier d'une épopée médiévale. Dans un froissement de tissu, Mary Ann se penche en avant tendant le bras vers Abraham, ses doigts se referment sur le poignet de ce dernier qu'elle étreint doucement rivant son regard pâle au sien. Vous avez employé le terme de sacrifice...je sais qu'il a été choisi avec soin et à bon escient mais Abraham...nous étions de si bons amis...pourquoi ne pas m'avoir parlé alors? Nous aurions pu traverser cela ensemble. Nous nous serions épaulés. Nous nous serions entraidés. Nous aurions pu vaincre Londres. Si Abraham avait failli, elle ne s'en sortait pas de manière glorieuse non plus. Elle aussi avait abdiqué face à la capitale anglaise. Elle avait battu en retraite fuyant des fantômes trop réels, des langues trop acérées et une menace occulte que seul Jeremiah percevait. Elle n'avait pas voulu se battre, elle s'était contentée d'un baroud d'honneur en pliant bagage avec son métis crachant sur les ragots non sans leur donner une certaine substance. Ne méritais-je pas l'esquisse d'une confidence sur votre situation? Je me serais montrée compréhensive malgré mon égarement passager. En lieu et place de ceci, je me suis retrouvée confrontée au silence. Au silence et à l'absence de mon seul véritable ami. Elle soupire tout en libérant Abraham, rompant ce bref rapprochement physique auquel elle a consenti autant pour appuyer ses propos que par réel besoin affectif parce qu'elle sait qu'elle ne pourra nourrir éternellement une forme de rancoeur envers Abraham Van Helsing. Nous avons tellement changé en si peu d'années. Regardez-moi...je me suis entourée d'êtres encore plus seuls et meurtris que moi. Je suis plus irrévérencieuse qu'auparavant. Qu'en est-il de vous? Où vous a amené cette décision d'abandonner Londres? Se levant, Mary Ann rejoint Abraham sur sa méridienne, s'installant à ses côtés. Je suis prête à tout entendre, Abraham. Je n'ai jamais été une femme fragile aux nerfs de verre. Ne soyez pas sur la réserve. J'attends de vous franchise et honnêteté, ne me ménagez pas en voilant cette vérité que vous rechignez à me révéler à haute et intelligible voix.



   
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MessageSujet: Re: Ghost of the past Lun 21 Mar - 22:27


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Les confessions franchissaient les frontières de ses lèvres sans qu’elles ne puissent être véritablement complètes. Il y avait des vérités desquelles il fallait même préserver ses êtres chers et Van Helsing ne craignait que celles-ci n’entament encore un peu plus la fragile existence de Mary Ann. Elle était peut-être la femme la plus digne de ce royaume, elle n’était pas prête pour apprendre ce qu’il en était de son univers. Elle n’était pas prête pour découvrir qu’au-delà des tragédies de l’humanité se tapissaient des horreurs qui dépassaient l’entendement. Il avait fallu plusieurs semaines, voire des mois entiers à Abraham pour que l’idée se fraye un chemin dans son cerveau cartésien. Il lui avait fallu beaucoup de résignation et ainsi que remettre en question tout le monde qu’il s’était construit au travers de son éducation. Sitôt qu’il avait découvert ses canines animales dans la bouche d’un humain, l’avidité primale des mains d’un mortel, l’absence de toute conscience dans un corps qui ressemblait au sien, il n’avait pas voulu croire qu’il s’agissait de l’œuvre du Dieu auquel il avait cru. Lui si croyant, si moral, n’avait pas voulu croire à une réalité qui n’avait occupé jusque là que les contes et les légendes. Et pourtant, ses yeux même avaient assisté au massacre et à la rencontre qui avait changé sa vie. C’était à lui que le plus grand prédateur ici bas s’était adressé, lui lançant le défi de toute une vie. Il passerait pour fou auprès des esprits craintifs, rassurés par les bonnes œuvres et manières de leur société. Maintenant, il le savait : les plus lâches se réfugiaient derrière leurs murs de verre et les plus aptes à comprendre ce qui les entouraient s’aveuglaient eux-mêmes de peur de ne pas supporter le choc. Comment réagirait Mary Ann si elle savait que la mort de son époux avait presque été douce ? Et si son suicide avait été lié à des raisons surnaturelles ? C’était d’abord et principalement la question à laquelle il s’était efforcé de répondre lorsqu’il avait enquêté, auprès d’elle, au sein de la capitale. Et le silence et le manque de preuves auxquels il avait dû faire face était finalement la plus équivoque des réponses. Alors il avait fui. Il avait préféré jouer le lâche plutôt que d’être celui qui briserait les derniers espoirs d’une femme éplorée. Il avait préféré se détourner d’elle avant qu’elle ne comprenne sa peine et qu’elle ne s’interroge face à ses secrets. Elle ne supporterait pas le choc. Elle ne supporterait pas de voir ce qu’il était devenu : un chasseur qui éliminait des vies au profit de celles de ses semblables, un psychiatre qui prenait à cœur une thérapie expérimentale qui n’avait aucun crédit auprès de ses pairs scientifiques. Si elle était venue ici pour trouver les pires déceptions de la nature, elle en tenait un parfait spécimen en face d’elle. L’homme déchu dans sa splendeur de laine et de coton et de manières désuètes qui n’avaient plus lieu d’être dans ces bas-fonds.

Et pourtant Mary Ann se complaisait à dresser un portrait de lui élogieux, un portrait qui aurait pu convenir à celui qu’elle avait connu. Audra et elle-même s’étaient tant amusé de son éducation parfaite, de ses propensions incongrues de respecter les femmes autant qu’ils souhaitaient leur émancipation. Il avait tant de fois poussé Audra à accomplir ses ambitions, à apprendre ce qu’elle souhaitait qu’on lui enseigne, sans faire fi du sexe avec lequel elle était née. Mais il le lui avait toujours murmuré à l’oreille, l’avait incité d’un œil bienveillant sans le crier haut et fort. Emprisonné dans le carcan du gentleman, Abraham en récoltait désormais les fruits gâtés. Mieux valait porter un fardeau seul que le partager auprès de son entourage, que de décevoir. Le sourire las sur son visage démontrait combien l’amitié ne suffisait pas, malgré les dires de son amie. S’il était déjà dur de voir un homme sombrer, il était bien plus difficile de voir un ami se perdre. « Londres triomphe toujours. Ce n’est pas pour rien qu’elle est la souveraine de ce royaume. » Au même titre que sa reine conquérante et impératrice des îles. Les doigts frais de la femme sur son avant-bras était un électrochoc sur sa peau chaude qui canalisait non sans conséquence son exaltation, sa folie solitaire, sa dévotion égoïste. Et lorsqu’elle le mentionnait comme le seul ami qu’elle ait jamais eu, il sentit la culpabilité refaire flot. Sans même le vouloir, Mary Ann était en train de réduire à néant la seule action qu’il avait crue bonne. Elle venait de lui mettre le nez dans les aspects sombres de ses actes desquels il s’était détourné inconsciemment. « Je suis désolé. » Sa voix était amère et le ton, plus distant malgré lui. Que pouvait-il dire d’autre ? Abraham avait toujours privilégié la vérité, qu’elle soit blessante ou chaleureuse, la franchise, qu’elle soit aiguisée ou réconfortante. Mary Ann lui confessait sa présente situation et les changements que sa vie avaient connus. Comment en était-elle arrivée là ? Telle était la question qui l’obsédait mais celle-ci n’était pas décidée à s’approprier le récit, bien trop déterminée à lui faire cracher le morceau. Il avait beau faire preuve de la diplomatie exemplaire des britanniques, il ne résisterait pas longtemps à l’appel de la sincérité et de la confidence. Peut-être était-ce l’aura de la gérante du freak show. Peut-être était-ce ce même aura que les monstres cherchaient dans sa présence. « Vous n’avez pas idée de ce qui se trame ici. » Les mots s’étaient échappés sans qu’il ne puisse les retenir. La joie de la revoir avait très rapidement fait place à l’inquiétude. A Londres, elle était protégée. Ici, elle était à découvert, retranchée derrière de simples draps de tente. Il laissa le silence faire son œuvre glaçante seulement une poignée de secondes avant que finalement, son cœur ne prenne la parole. « J’ai enlevé une jeune fille, je l’ai arrachée des siens. » Il plongea son regard clair dans le sien, pour qu’elle comprenne combien tout ça n’avait aucune ambition malsaine. « Une orpheline avec désir de vengeance, une adolescente qu’on promettait à une vie dont elle ne voulait pas. Je l’ai prise sous mon aile, une nuit et nous avons quitté Londres. Elle vit avec moi au manoir. Elle porte mon nom. Personne ne sait qui elle est. » Les réminiscences refaisaient surface, et avec elle le récit. « Il n’y avait que la mort qui l’attendait à Londres mais je crains qu’ici, le danger n’en soit pas amoindri. Je l’éduque, comme ma propre fille, je la protège mais j’ai peur que mes limites ne soient bientôt atteintes. » Un faible sourire creusa ses fossettes. « J’ai l’impression d’avoir creusé mon propre piège. Je suis totalement désemparé. » C’était bien la première fois qu’il l’avouait. « Et là vous apparaissez, pour me donner le coup de grâce. » Une taquinerie subtile, un reproche qui n'en était pas vraiment un.




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MessageSujet: Re: Ghost of the past Ven 8 Avr - 14:56


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La certitude de la défaite face à la capitale anglaise rampa hors des pores d'Abraham pour effleurer la conscience de Mary Ann. Elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils en entendant la sentence de l'homme près d'elle. Aux yeux de ce dernier, la grande cité les aurait broyé, avalé et digéré. Elle se serait hâté de les faire rentrer dans le rang comme la Couronne a coutume de le faire avec les peuples qu'elle a asservis. Lentement, la veuve secoue la tête en plissant les lèvres, dubitative. Un demi-sourire amer apparaît sur ses traits fins et du bout des lèvres, la voix réduite à un murmure mais non dénuée de conviction, elle répond simplement au triste constat de Van Helsing. Je vous aurais prouvé le contraire. Simple hypothèse. Rien de sûr. Mais l'éducation qu'a reçue Mary-Ann ainsi que toute sa vie maritale l'ont conditionnée à ne jamais abandonner la lutte. Entêtée et pugnace, elle se serait cognée contre des murs jusqu'à ce que ceux-ci cèdent. Elle aurait pu faire front avec à ses côtés une personnalité plus respectée qu'un mûlatre.
Le dépit d'Abraham laisse peu à peu place à l'âcreté de la culpabilité. Le don de Mary-Ann n'y résiste pas et les émotions de Van Helsing deviennent soudain siennes. Elle éprouve le déchirement d'un dilemme qu'elle ne peut pleinement mesurer. Elle ressent de l'inquiétude dont la cible lui échappe encore. Allez-y, Abraham...parlez... Les yeux rivés sur le profil de l'homme à côté d'elle, Mary-Ann perçoit l'hésitation, c'est comme être face à un immense précipice. On sait au fond de soi que s'en approcher est mortellement dangereux et pourtant...pendant quelques secondes, on se surprend à s'imaginer en train de sauter, de plonger, de chuter. L'irrésistible attrait des grandes hauteurs qui tétanise les personnes souffrant du vertige. Et puis, Abraham brise le silence, une demie-vérité s'échappe de ses lèvres. La courte phrase s'évade de sa réserve au moment où il choisit de franchir ce pas qui l'empêchera de repartir en arrière. Le ton est grave et cet aveu sur son ignorance du réel tisonne l'inquiétude qui enserre le coeur de Mary-Ann et qui n'est pas sienne. Que signifie ces quelques mots? En quoi ignore-t-elle ce qui se trame à Crimson Peak? Que se passe-t-il dans cette ville? Les secondes s'écoulent et Mary-Ann quitte du regard Abraham pour le poser sur ce qui l'entoure. Ces meubles. Cette tente. Cet endroit où elle passe la majeure partie de son temps. Elle se sent soudain bien fragile, protégée des ténèbres extérieures par une simple toile que la moindre lame affûtée peut crever et déchirer. Nerveusement, ses doigts se glissent dans ses longs cheveux sombres, cette image d'elle-même n'est pas la sienne...c'est celle d'Abraham...
Inspirant profondément, Mary-Ann se détache des émotions de son visiteur pour reprendre les rênes de sa propre conscience. Elle n'a plus besoin d'user de son talent pour s'assurer de la sincérité de son interlocuteur. Cette dernière transpire dans l'attitude qu'il affiche, dans ce silence qu'il laisse s'étirer pour donner plus de poids aux paroles qui vont suivre. Les yeux pâles de Mary-Ann croisent ceux si sombres d'Abraham et dans les abîmes noires des iris de ce dernier, elle ne lit que cette honnêté nue et crue qui l'a toujours caractérisée. Le récit ne s'embarrasse pas de détails superflus. Franc, direct, Van Helsing expose en termes simples ce qui l'a amené à déserter Londres et les amis qu'il y avait. Une adolescente...voilà la cause de son départ. Un être désemparé, fragile et égaré qu'il n'a pu laisser à son funeste sort. Elle le reconnaît bien là, son chevalier en armure. Il avoue l'avoir prise sous son aile et bien plus encore puisqu'il lui a offert de porter son nom comme un membre de son sang. Pourtant, malgré la décision qu'il a prise, cette jeune âme n'est plus à l'abri et les dangers qui la menaçaient à Londres semblent avoir choisi de la suivre. Ou de la retrouver. Un pli soucieux apparaît sur le front lisse de Mary-Ann lorsque Van Helsing admet atteindre ses limites quand à la protection qu'il prodigue à sa pupille, lorsqu'il révèle son désarroi.

Moi? Donner le coup de grâce? Allons, Abraham...vous savez que je ne tire aucun plaisir à battre un homme à terre. Elle lui rend son sourire avant de reprendre. Vous dites que vos limites sont atteintes, mais en quel sens? Votre protégée désire-t-elle s'émanciper de votre ombre? L'adolescente est-elle devenue une femme qui désire prendre son destin en main, seule? Une ombre mélancolique traverse les yeux pâle de Mary Ann et elle poursuit d'une voix lointaine, vibrante d'une émotion qui serre le coeur et torture l'âme. J'ai déjà perdu l'un de mes protégés. Il est resté quelques mois parmi nous. Je l'ai aidé à reprendre confiance en lui, à mesurer sa valeur et à prendre conscience de ses qualités. Quand il a commencé à se percevoir comme un être humain, il a décidé de nous quitter...de me quitter. Je ne pouvais pas le retenir. La veuve croise les yeux de Van Helsing avant d'esquisser une moue amère et impuisssante. Qu'aurais-je pu lui apporter de plus? Son moment était venu. J'espère chaque jour que cette vie qu'il a décidé de reprendre en mains ne le trahisse pas. Un bref silence silence s'installe que Mary Ann chasse d'un geste vif de la main comme pour éloigner un fantôme. Dans un froissement d'étoffe, elle se lève. J'ai besoin d'un verre. En désirez-vous un également? Sans attendre de réelle réponse d'Abraham, Mary Ann se dirige vers une petite armoire qu'elle ouvre pour en sortir deux verres et une bouteille de scotch. Restant debout, elle tend l'un des contenants à son visiteur. Quels anxieux parents de substitution sommes nous, n'est-ce pas?



   
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