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you know I'm no good (dorian & sybil)

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Sybil Vane
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MessageSujet: you know I'm no good (dorian & sybil) Jeu 11 Fév - 13:14


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ft. Dorian Gray & Sybil Vane
A nouveau ces humeurs, funestes angoisses qui l’entaillent sans cesse et la font défaillir. Seule dans sa misérable loge, Sybil chavire. Le ridicule miroir qui lui servait à vérifier la tenue de sa coiffe lui semble  bien trop grand encore ; elle aimerait ne plus se voir, ne plus avoir à contempler ce qui ne lui ressemblera jamais. C’était une erreur de faire ça ; de voler le corps d’une autre et de se glisser subtilement entre sa chair, entre ses os pour atteindre son cœur. L’autre s’était pourtant bien battue ; elle aurait dû comprendre qu’il ne lui fallait pas essayer de dévorer davantage. Les doigts cramponnés aux rebords d’une table au vernis disparu, Sybil reste statique dans sa réflexion. Tandis que ses crises s’accompagnent souvent d’objets qui se brisent ou de cris inarticulés, elle était, ici, incapable de lever le moindre muscle. Pétrifiée par la vision de son visage dans la glace, on aurait pu la confondre avec une morte.

« Sybil ! » Le timbre rauque d’un homme derrière la porte la sortit finalement de sa torpeur et lorsque le visage appartenant à la voix se découvrit dans l’entrebâillement, Sybil le prit pour son sauveur. Les yeux embrumés par la fatigue, Denis n’est pas un mauvais bougre, mais l’odeur de whisky collée à ses vêtements réussit toujours à emplir l’air du cagibi où était donc assise la jeune femme. Son regard croisa celui que lui lança la possédée ; sa voix se radoucit alors et sembla appeler au pardon d’avoir interrompu quelque chose. « Ah et bien… Si tu veux, c’est à toi, bientôt… Mary a bientôt fini. » Un léger sourire lui répondit et lui fit immédiatement baisser les yeux. Comme la plupart des hommes qui ont la voix forte et le poing dur, la subtile fragilité des femmes parvient à parfois faire ployer l’échine ; certains fantasmes de jupes relevées s’évanouissent alors en un soupir. Depuis qu’elle l’avait remarqué, Sybil en jouait avec grâce, mais en cet instant, elle pensait véritablement s’épuiser au moindre souffle. Gêné par cette réponse sans bruit, Denis repartit le dos voûté, les mains dans les poches et les lèvres pincées. Dans un ultime effort, Sybil renversa le miroir, se leva en époussetant sa robe et se dirigea vers le centre du cabaret.

C’était un vieux cabaret, bien loin des beaux endroits de la ville haute. Accueillant marins, épiciers et visages de suie, on y sentait fort l’alcool et on s’y aveuglait de poussière. Tous parlaient fort, riaient gras et chantaient ivres ; la merveilleuse cacophonie qui se jouait à « la Sirène d’argile » avait longtemps étouffé le chant des artistes d’infortunes qui tentaient de se faire entendre jusque dans le fond de la salle. Or ce soir, comme de nombreux soirs depuis quelques temps, les hommes attendaient. Bien sûr, on ne couvrait pas le tintement des verres et les voix lourdes d’ivresse en l’espace de deux semaines ; il leur aurait fallu une éternité pour connaître le silence. Mais il suffisait de voir le regard de Denis pour comprendre que certaines choses avaient changé ; l’attente avait trouvé un instant de grâce où les bruits étaient étouffés. Mary, une gamine qui avait voulu échapper à la maison close, profitait de ce souffle dans lequel étaient retenus les clients pour élever le faible son qui lui servait de voix. Elle quittait ensuite la scène quand les rires reprenaient sous la boisson et entrait en scène Sybil. Les regards se tournaient et les verres se posaient ; l’entendre était comme trouver le réconfort que le monde au-dehors n’offrait pas à ces rustres. Des enfants prenaient alors l’apparence d’hommes, les visages attendris par beaucoup de choses, depuis le gris de leur labeur jusqu’au jaune pisse de leurs verres. Sybil ne craignait rien quand elle chantait. Son répertoire n’était pas particulièrement triste, mais ses yeux peut-être, ou sa silhouette de fantôme au milieu des corps sculptés par l’injustice, provoquaient la mélancolie des marins loin de leurs foyers. Ce soir comme d’autres, au milieu des paroles de son répertoire habituel, elle glissa une chanson triste. Délicatesse de l’artiste qui se sentait faible il y a de ça quelques minutes, elle prit le soin de chanter sans regarder les hommes qui lui faisaient face ; si elle l’avait fait, elle aurait probablement vu la faiblesse qui embrassait elle aussi ces butors. Lorsqu’elle eut fini, elle s’en alla rejoindre sa loge sans attendre les applaudissements ; il n’y en eut pas. Seuls les murmures et les soupirs de cœurs brisés résonnaient dans la salle de « la Sirène d’argile ».

Son manteau était prêt, mais avant de partir, elle contempla une dernière fois le miroir retourné sur la table de sa loge. Le tenant entre ses doigts, elle vit son reflet et brava son propre regard avec un certain orgueil. La prodigieuse catharsis de l’artiste avait son œuvre ; elle avait retrouvé le contrôle de soi.

On toqua à la porte. « Qui est-ce ?Denis. » Elle ouvrit la porte et trouva à nouveau un regard hésitant. « J’espère que j’te dérange pas…Non, tout va bien. Qu’y a-t-il ? » Cette fois-ci, les yeux masculins vinrent se fixer franchement sur ceux de Sybil. « Un homme. Et un riche en plus. Il demande à te voir. » La jeune femme soupira brièvement avant de considérer sévèrement Denis. Les clients qui souhaitent lui parler après son passage sur la petite scène finissaient trop souvent par poser leurs mains sur les cuisses ou contre les joues de Sybil. Certains avaient les larmes aux yeux, d’autres prétextaient une trop grande solitude exacerbée par la bière ou le rhum, mais la possédée avait toujours réussi à repousser leurs ridicules avances. Denis ou un autre du cabaret venait trop rapidement pour eux, et des poings se brisaient contre le nez de certains clients ; ils revenaient néanmoins toujours. On remarqua l’agacement que prévoyait cette rencontre et l’homme face à Sybil s’empressa d’ajouter : « Ecoute, c’est un type que tout le monde connaît ici. Il peut faire venir des gens. C’est Dorian Gray. »

Indescriptible. Le monde qui s’écroule une deuxième fois. Le cœur qui ne bat plus pendant deux secondes, assez pour faire mourir les mortels ; trop peu pour faire sombrer Sybil. Elle articule difficilement les syllabes qui s’échappent de sa bouche « Do-rian… - Gray. Oui le riche de la haute. On le connaît pas trop ici, mais paraît qu’il est amateur d’art. S’il pouvait faire venir deux trois de ses amis, ça nous ferait une sacrée image ! » Le visage de Denis le dit silencieusement ; il implore la possédée. La morte. La suicidée. Mais lui, ici. Il veut la voir ! Elle se retourne, marche nerveusement vers la porte. Finalement, elle voudrait tout casser. Ce miroir dans sa poche, cette table, le corps de Denis, en mille morceaux qu’elle le mettrait à lui qui lui demande de revoir l’inacceptable. « Sybil, attends ! » La main du patron lui attrape le bras et le regard qu’elle lui lance l’oblige alors à desserrer son étreinte. Il recule, même. D’autres sons parviennent à être articulés : « Tu lui as dit mon nom ? » Silence. « Tu lui as dit mon nom ?! », rugit l’humiliée. « Non, non, nom de Dieu… Sybil, si tu veux je le laisse partir, je le chasse et on n’en entend plus parler… » Impossible. Son nom résonne désormais en écho dans le crâne de la morte. Son visage doit en cet instant être un ramassis de grimaces, tordus par le dégoût et la colère qu’elle croyait avoir quittés. L’affront est tel qu’elle sent son corps se vider de toute chaleur mortelle pour embrasser sa véritable monstruosité. Enfin, elle se sent devenir l’ombre qui faisait vaciller les chandelles et frémir les membres. Encore aujourd’hui, Sybil sait que ce Mal est la seule chose qui ait pu lui donner le courage de dire « Fais-le entrer. »


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Dorian Gray
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MessageSujet: Re: you know I'm no good (dorian & sybil) Ven 19 Fév - 20:44


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S’enfonçant dans les artères putrides de la ville des fantasmes et des ombres, le dandy formait par contraste une tâche de couleur au milieu d’un océan de noirceur, bien qu’en vérité, ce soit plutôt l’inverse. La silhouette élancé au visage paré d’une beauté d’une jeunesse aussi éternelle qu’arrogante n’était qu’un faux, qu’un mythe, un mensonge arraché à la face du monde, une odieuse mascarade dont l’auteur s’était tranché les veines d’un vain désespoir après avoir tenté de tuer la monstruosité qu’il avait créer dans un élan amoureux et artistique troublé par le narcisse dont il s’était inspiré, nourri. Ersatz de docteur Frankenstein, le bon Basil avait hésité, trop longtemps, et sa créature s’était rebellé, profitant des sentiments du peintre, de son trouble, et de sa culpabilité, il lui avait dressé un miroir effrayant dans lequel les affects en dent de scie de l’artiste avaient plongé hâtant sa tragédie, et transformant ce pathétique effort d’héroïsme en une cruelle fin. Telle Ophélie, il s’était tué devant l’impossibilité de son amour, et sa dangerosité. Egoïstement, il avait laissé sa funeste et néfaste œuvre continuer d’errer sur cette terre, paré de ce masque d’innocence et de beauté qu’est la jeunesse dont il l’a affublé pour l’éternité. Faust avait voulu l’immortalité pour le savoir, ignorant le prix à payer, Dorian lui l’avait désiré par vanité et en avait fait usage avec déraison, et perversité. Car l’auguste silhouette sur laquelle les hommes et les femmes se retournaient, en admiraient les traits, fascinés et éblouis par la beauté mêlé à l’élégance de ses traits sculptés par quelque artiste de génie, était un monstre abject sans cœur, incapable de ressentir la culpabilité pour ses odieux actes criminels. Un monstre que la société laissait grandir en son sein, comme tant d’autres.

Ironie du sort, l’infâme rejeton du diable s’introduit dans l’antre du vice. Ce n’était pas un bordel où les femmes dévoilaient des cuisses sales rongés par la maladie, couvertes de bleus et de pustules effrayantes, mais un cabaret, nom élégant pour désigner ce qui amenait les hommes, plus tard dans la soirée, au bordel. Des femmes maquillées, parées de tenues affriolantes qui d’un battement de cil, d’un mouvement d’épaule, d’une chevelure rejetée en arrière, accompagné d’une jolie voix fluette, aiguillait le désir des hommes dont la pestilence remplissait la salle d’une infection obscène, mélange de sueur et de sperme. Les mâles ici présents manifestaient leur cupide désir empli de vice et leurs pensées non moins répugnants de râles, d’exclamation, dotant ces belles filles au destin funeste de surnom si ce n’est affectueux au moins témoignant du peu de respect qu’ils leur octroyaient. L’atmosphère enfumée au parfum poivré et légèrement acidifié, entre le rejet de la fumée de cigare étouffant l’air, les nuances manquant de subtilité du parfum grossier dont se pare ces demoiselles, et le musc émanent des mâles, le tout donnait des hauts le cœur. Mais ce n’était pas le haut lieu du bon goût, juste l’antichambre de l’enfer. Et au milieu de cette marée humaine d’hommes gras, tatoués, aux muscles épais et aux mains épaisses, parfois violents, mais ce soir, animé d’un désir sexuel dont ils ne se départaient pas, salivant d’avance sur le prochain morceau de chair blanche se soumettant à leur regard, le dandy s’avançait en terres connues.

Si les bas-fond de cette ville connaissait comme tant d’autres des paniers à crabes et des tavernes où l’alcool coulait à flot, des bordels où les maladies infectieuses se transmettaient plus rapidement encore qu’à l’hôpital, la présence de cet homme au profil noble était synonyme de vice et perversion partout où il portait son regard. Et les patrons des endroits qu’il fréquentait ne le savait que trop bien. Son portemonnaie généreusement garnis, et ses hautes fréquentations, les amenaient à être au petit soin avec lui espérant qu’il dépenserait jusqu’à son dernier centime chez eux, et surtout, qu’il amènerait ses amis richissimes avec lui la prochaine fois. Aussi les portes s’ouvraient-elles toujours largement dès que ses pas résonnaient en un lieu de débauche. N’en fut-il pas autrement ce soir là, quand après avoir assisté au spectacle de la délicieuse Sybil, il décida de rencontrer la demoiselle dont le chant l’avait particulièrement touché. D’un mot de lui, le gérant du cabaret se plia en quatre pour satisfaire sa volonté, le couvrant de flatteries scandaleuse, ployant l’échine et répétant encore et encore son désir de le satisfaire en tout point, avant de lui demander d’attendre ici. Et voici donc notre dandy hors d’âge qui en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire fut accepté dans le saint des saints. On l’amena donc jusqu’à la précieuse chanteuse, délicieuse créature qui se tenait dans cette ridicule petite pièce pourtant soigneusement décorée de tous les outils nécessaire aux mystères de la préparation de l’artiste avant de rejoindre la scène et son tapis d’hommes salivant en l’attendant.

D’une beauté insolente, l’homme qui pénétra la petite pièce à l’enceinte sacrée déposa un regard à la fois admiratif et tentateur sur la créature qui l’avait attiré jusqu’ici par son chant telle une sirène des temps modernes. Sa beauté envoûtante l’avait touché tout autant que la tristesse nichée dans sa voix, où il avait cru percevoir derrière la divine chanteuse une créature damnée tout comme lui qui faisait là son chant du cygne, hurlant sa détresse dans des circonvolutions de notes et d’enflammées paroles d’un lyrisme étourdissant. Délecté par la vision enchanteresse aux accents de malédiction destructrice, la créature damnée par une peinture était venu jusqu’à l’esprit enfermé dans ce corps délicieux lui porté tout son respect, et peut-être, son amour. Il avait le cœur rempli, si proche de l’extase, excité, et plein de désir, tout engourdi et bouillonnant à la fois, ténébreux homme de chair et de sang dont l’âme était dépeinte avec ses vices putrescents sur un tableau qu’il avait caché soigneusement à la vue et au su de tous. Un sourire charmeur naquit sur ses lèvres habituées à tromper alors qu’on refermait la porte derrière lui, les laissant enfin seuls. « Bonsoir mademoiselle, je voulais vous faire en personne toutes mes félicitations. Votre musique a charmé de nombreuses oreilles ce soir, tout autant que votre silhouette fine a rendu plus d’un cœur hardi, et, je me sens chanceux, que le mien le soit plus que le leur, puisqu’enfin, me voici seul avec vous. » Le fin orateur au sourire menteur et mains habiles qui se mouvaient pendant qu’il parlait, avec une grâce que possèdent seuls ceux de la haute, issus de ce ridicule milieu où l’on apprend autant à jouer du piano, du violon, danser, chanter ou à manier l’épée, les enfants parce que cela fait parti d’une certaine éducation. Tout sourire, le charmeur continua sa tirade par un peu d’humilité. « Pardonnez mon audace, mais votre chant m’a passablement impressionné et donner à mon cœur quelques hardiesses qui ne lui sont guère habituelles. »
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Sybil Vane
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MessageSujet: Re: you know I'm no good (dorian & sybil) Lun 29 Fév - 16:49


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On l’avait mené à elle ; il se tenait à présent là, dans l’embrasure de la porte. Le sourire au coin des lèvres, comme toujours. Les yeux pétillants de l’ivresse du désir, comme souvent. A la fois charmeur et charmant, le serpent au visage d’ange se tenait là. A le voir, Sybil eut du mal à contenir un faible cri et ses efforts coincèrent le bruit au fond de sa gorge ; elle s’étouffa dans sa stupeur. Au lieu de lui cracher sa haine de morte au visage, elle déglutit lentement, les yeux à moitié écarquillés. Il lui parlait ; elle ne l’écoutait pas. Tu n’as pas vieilli. Dorian, ton visage s’est figé dans ses vingt-ans... Ces années où nous nous étions aimés, elles n’ont pas disparu de ton visage. Elle aurait voulu trouver la force de le prévenir, de lui dire qu’elle faisait face à un problème. On n’a jamais vu un visage d’enfant qui ne finit pas par devenir adulte. Or, de ce qu’elle voyait, il n’avait pas changé. Le même sourire, les mêmes pliures de la peau au niveau des yeux, la même voix. Elle chantait, comme lorsqu’il lui avait dit qu’il l’aimait et elle se faisait délicate, comme lorsqu’il lui avait proposé le mariage. Sybil avait alors connu la plus belle gloire de sa jeunesse lorsqu’éclatante, elle avait hurlé un « oui » de triomphe. Là, dans sa misérable loge, aucun éclat ne parvenait à sortir de sa gorge nouée par l’horreur. Pendant quelques secondes encore, elle le contempla, son Prince, immobile dans le temps. Puis elle bougea les lèvres dans un pincement de cœur. « Vous… » Me répugniez. Me rendez malade à mourir. D’ailleurs, vous m’avez fait mourir. Vous tuez avec votre sourire et vos belles paroles. Oh ! j’en ai vu par la suite, des bêtes comme vous qui dévorent le cœur des belles. Mais jamais des aussi fines que vous. Vous êtes un monstre, oui, il n’y a pas d’autre explication. Voilà le secret de cette jeunesse. Vous êtes un monstre comme moi, Dorian Gray. « …Me voyez ravie d’entendre cela, Mr Gray. Il est étonnant de voir un homme de votre rang nous rejoindre dans la crasse. » dit-elle avec une fausse retenue. Elle appuya sur le dernier terme en faisant siffler les dernières consonnes. Crasse. C’était tout ce qu’il détestait, du moins, c’est ce qu’il lui avait dit en partant pour la laisser agonir seule. Il avait jeté un regard dans sa loge d’alors, et dans l’ancien théâtre, il avait fait cette grimace qui s’était élargie lorsqu’il avait daigné poser un regard sur Sybil. En la voyant, agenouillée, ses cheveux alors blonds et le visage alors rose, le supplier de rester un peu plus, il s’était écarté et elle avait alors compris qu’il était perdu. Mais sur le long terme, c’était en fait elle qui s’était perdue, elle qui avait porté le poison à ses lèvres pour mourir sous les convulsions de douleur. Elle s’était laissée détruire par le cœur et avait choisi le suicide pour échapper à l’émiettement de son esprit, pourtant inévitable. Et lui… A vrai dire, elle espérait le voir diminué, plus laid voire aussi fou qu’elle ; il n’en était rien. Sa grâce lui sembla intacte et, affront suprême, il venait lui en montrer l’impossible évolution. Effleure alors de sa griffe la jalousie, lentement mêlée au sentiment d’être trompée, encore. L’horreur a quitté la scène ; désormais c’est cette vieille amie, la rage, qui vient secouer les nerfs de Sybil. Ce prestige par lequel il la salue n’est qu’insolence et s’il connaissait son vrai nom, doux soupir de vanité, elle n’aurait jamais douté qu’il puisse venir lui révéler sa gloire, lui, le monstre.

Alors, lorsqu’il s’approcha d’elle, elle recula. Ce simple mouvement lui permit d’imposer une distance physique, mais aussi psychologique ; deux écarts qu’elle ne se voyait, de toute manière, plus combler. Elle n’avait pas peur ; elle était seulement bouillante de folie. Tandis qu’il fallait maintenir l’illusion de convenance, elle repoussa le sourire de Dorian ; non pas par hypocrisie, mais par dégoût. Le vide creusé entre eux deux lui laissa un espace pour la réflexion. Il fallait trouver l’autre mouvement à porter, l’autre pièce à bouger pour le faire tomber, lui et sa pathétique parade nuptiale. Et son jugement tomba comme un éclair ; elle se fit résolue et le regard qu’elle lui jeta se transforma en un défi car enfin, elle se décida : ce serait à celui qui émietterait la raison de l’autre le plus vite. Or, elle n’avait plus rien à perdre ; elle était déjà folle. Longue, mais délectable, peut-être cette vengeance à coup de mensonges lui permettrait d’éviter ses crises. Peut-être échapperait-elle plus vite aux souvenirs de la Faucheuse. Elle se ressaisit, dissimula sa hargne par un sourire ; tant bien que mal, elle essaya d’imiter celui qu’arborait l’homme en face d’elle.

« Voyez-vous Mr Gray, votre réputation de fin connaisseur dans le domaine des arts vous précède. Il est étonnant de vous voir venir jusqu’ici et surtout d’y apprécier un spectacle aussi misérable que le mien. Votre… « Hardiesse » ne fait que m’étonner davantage. » D’un geste preste, elle tira une chaise du fond de la loge qu’elle épousseta rapidement. Elle la plaça en face d’elle et lui présenta. « Asseyez-vous, je vous en prie. Je suppose que nous n’allons pas rester debout indéfiniment… A moins que vous ne souhaitiez boire quelque chose avant ? Je peux demander un verre à Denis, si vous le désirez. » Des automatismes de femme engoncée dans les rudiments des bonnes manières, mais aussi les talents de comédienne qui resurgissent soudain. S’évertuer à jouer la comédie… jamais Sybil n’aurait cru devoir le faire à nouveau, du moins pas en face de celui qui avait réussi à la détourner de la scène. Mais à l’observer ainsi, ce Prince déchu, ignorant du supplice qu’il avait causé, elle délaissa sereinement la peur et la fébrilité hargneuse pour se laisser envahir de confiance. Pour sûr, elle jouerait avec lui de ses plus belles cartes, et les poserait une à une avec ce sourire au voile hystérique de la Mort.


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MessageSujet: Re: you know I'm no good (dorian & sybil) Mar 8 Mar - 22:47


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Crasse. Le mot paraît d’un vulgaire dans une si jolie bouche, et dans ces traits si fin, d’une beauté sculptée, ce vilain mot a l’air d’un crachat. Il perçoit quelque chose, comme de la provocation peut-être ? Il a l’habitude pourtant, de ces mots balancés à son égard dans les bas fond, ce mépris qu’on retrouve dans la haute, cette condescendance typique de ceux qui se savent appartenir à un milieu. Il aurait pourtant juré qu’elle était comme lui. Au fond, n’appartenant plus vraiment à ce monde là, avec ces règles et ses codes, ce monde carré et froid, ce monde immuable et si triste, ce monde qui décevait l’âme la plus habitée, ce monde cruel et morne, triste et froid. En contemplant sa beauté, en percevant son chant, il avait cru percevoir une lueur d’espoir. Quelque chose de nouveau, quelque chose de différent, la possibilité d’une île en plein océan, d’un oasis en plein désert, d’une perle rare au milieu de l’abîme, une lueur dans les ténèbres ou peut-être l’inverse. Il voulait se perdre et damner son âme. De toute façon, elle était déjà maudite ! Un pli tord ses lèvres si douces et si charmantes en une expression indéfinissable. De la gêne ? Non. De la pudeur ? Non plus. Encore moins de la honte. Peut-être une vague hésitation. S’est-il trompé ? Est-il venu jusqu’ici pour n’être que déçu ? Doit-il s’attendre, au lieu de l’être plein de grâce, de la pudeur et timidité, de la candeur et de la douceur qu’offrent la jeunesse aux femmes de ce monde qui possèdent une telle beauté, une telle voix, à l’aigreur qu’ont toutes les autres femmes, celles à qui le monde a refusé la beauté pour n’offrir que la laideur, l’immondice et l’avarice du cœur maudis des hommes. Il n’est après tout qu’un homme. Et n’éprouve aucune pitié. Aucun remord pour le tord causé à toutes celles qui ont eu le malheur de croiser son chemin. Les hommes aussi en ont soufferts, mais étaient-ils moins innocents, sans nul doute. Rien n’est plus fragile qu’une femme qui aime.

A mesure qu’il s’avance, elle recule, et ce mouvement, l’amuse. Le pli disparaît aussitôt que le sourire charmeur revient. Joueur, il s’enhardi, il s’électrise alors qu’elle le fuit. C’est aussi simple que cela. Il perçu le trouble dans son regard, mais n’y voyait qu’un éclat trop brillant pour présager quoi que ce soit de bonne augure. L’innocence n’était guère au rendez-vous. Ce qu’il avait vu sur scène s’était dissipé ou alors avait-il mal interprété ? Son regard aiguisé lui révèle le secret des cœurs féminins. Il sait qu’elle n’est guère sous son charme. Il suffit de regarder l’air de défi qu’elle aborde. Cette petite danseuse lui résiste. Peut-être aiguise-t-elle une lame sous ses yeux cherchant à le prendre par surprise ? Il connaît le cœur des hommes et des femmes. Mais il a pourtant senti quelque chose de différent en elle. Et quand bien même elle lui plongerait une dague jusqu’au cœur ? Et si c’était cela qu’il était venu chercher ? Le danger au lieu de la même parade, du même jeu, encore et encore, répété inlassablement ? Il est un prédateur, mais n’est-il pas las à la fin de traquer encore et encore les mêmes proies qui cèdent si facilement sous ses crocs ? Il ne les perverti même pas. La plupart cèdent trop aisément. Et au final, c’est le même cirque. Celle-ci a été éprouvé par le feu, celle-ci a la rage au ventre, celle-ci l’observe comme on observe un lion cherchant ses faiblesses, attendant l’instant fatal où tirer sa cartouche en plein cœur du fauve. Il esquisse un sourire, pâle et sombre, presque carnassier, un sourire accompagné d’une inquiétante et dangereuse lueur dans son regard cristalin.

En la contemplant époussetant une chaise pour lui, le maudis affichait une nonchalance haïssable, se tenant droit comme quelqu’un d’éduqué, avec la stature noble, les traits agréablement dessiné, un nez droit, un menton pointu de quelqu’un sachant ce qu’il veut, et des lèvres fines, s’il avait l’air aussi beau que naïf, la réalité qui se peignait sur le tableau représentant son âme était sordide, vulgaire et laid. La crasse de son âme s’y déployait rendant tout regard insupportable. La vision de sa disgrâce échappait à tout regard uniquement au sien qui se dardait, défiait l’âme maudite, contemplant sa décrépitude avec une étrange sensation. Son sourire charmeur collé aux lèvres, un léger amusement s’insinuant sur ses traits, il posa un regard autour de lui de conquérant comme si elle n’était qu’une naïve de plus. Et c’était justement parce qu’elle le mettait au défi qu’il se montrait aussi détestable. Dorian pouvait être un bon comédien, se faire passer pour un ange, mais il aimait tomber le masque, et ce soir, il n’en portait aucun. Il laissait entrevoir sa monstruosité à travers son orgueil, sa prétention, et son mépris. Comme une réponse hargneuse à cette aigreur qu’il avait senti. Et son instinct ne l’avait encore jamais trompé. Cependant, il aimait les défis, et jusqu’à présent, il n’avait encore jamais reculé. Il ne comptait pas commencer maintenant. « J’aimerais vous détromper, si cela est possible. » fit-il en tirant la chaise. « Il n’y a rien de misérable chez vous. » Charmant en tout point, il n’oublia cependant de vérifier qu’aucune poussière ne risquait de salir son costume superbe avant de s’assoir. Le dandy ne supportait le moindre cheveu de travers. En dépit de l’aventurier, il y avait une somme affolante de tics qu’il effaçait et dissimulait derrière son sourire. « S’il est possible, j’aimerais boire du whisky, dix ans d’âge ? » demanda-t-il en plissant ses sourcils comme s’il était gêné de demandé cela, mais le sourire qu’il arborait disait le contraire. Charmeur encore oui, mais la mettant au défi. Ce sourire disait qu’il voyait derrière son masque à elle, même s’il ne percevait ce qu’il s’y cachait, il savait juste que quelque chose sonnait faux, et qu’elle n’était pas aussi naïve que son visage le laissait deviner. Tout comme lui. « Vous avez un avantage sur moi. Visiblement, vous savez déjà tout de moi alors que j’ignores tout de vous. »
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MessageSujet: Re: you know I'm no good (dorian & sybil) Lun 21 Mar - 23:36


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ft. Dorian Gray & Sybil Vane
Le calme avant la tempête. Tout était en ordre et pourtant, tout allait bientôt voler en éclats. Autour d’eux et entre leurs sourires, l’effondrement du monde s’organisait lentement, avec minutie. Leurs paroles avaient réussi à marquer leur rencontre de ce moment fatal : celui de la foudre prête à frapper. Epée de Damoclès au-dessus de leurs crânes, l’éclair ne sait jamais quand tomber, ni qui tuer en premier. Et pourtant elle est là, cette intolérable électricité. Comme les journées estivales où le ciel s’assombrit subitement, l’air s’était fait lourd et avait tourné au pestilentiel, l’odeur de la mort entourant le noyau de la pièce qu’étaient les deux chaises et leurs occupants. Les amants maudits, en se faisant face, au-delà de leur propre décomposition, détruisaient leur environnement. C’était étouffant, instable et Sybil le percevrait entre délectation et dégoût.

Pour l’instant, évidemment qu’il continuait à approcher à mesure qu’elle reculait. De même que le sourire charmant se fit plus hideux au fil de ses pas, esquissés avec l’adresse des dandys. C’est du plaisir que l’on voyait aux bords de ses lippes ; c’est de l’extase que l’on sentit frémir sous l’épiderme de Sybil. Il dansait avec elle, enfin. Tous les deux, partenaires d’une danse aussi macabre que prodigieuse. Quel spectacle ! On l’appellerait le bal des monstres et tous deux seraient les héros de ce conte à la fin sinistre. Que son amant d’autrefois l’accompagne dans sa noirceur lui procura frissons et haut-le-cœur ; comme un danseur au masque trop lourd à porter, il s’était finalement décidé à abandonner l’artifice qui camouflait sa vraie nature. Pas qu’elle ne l’avait pas déjà remarqué, oh non. Dès son entrée dans la loge, elle l’avait vu, ce voile qui couvrait sa face de créature – sinon comment avait-il pu rester aussi jeune ? - et se voir confortée dans ses observations l’apaisa entièrement. Cette confiance la fit même jeter un regard dédaigneux avant qu’il ne puisse s’asseoir ; le maniérisme et le soin qu’il mit à épousseter sa chaise la firent grimacer. Brusquement, elle fut déçue. Par ce simple revers de la main avec lequel il brossa le dessus de la chaise, il avait réussi à briser les espérances d’embrassades infâmes que promettait la révélation de son vrai visage. Ne pouvait-il pas faire mieux ? S’il devait épouser sa véritable nature, qu’il le fasse jusqu’au bout ! Or, le revoilà avec ce masque ridicule. On est difficilement prince et démon à la fois et Sybil ne pouvait l’envisager comme étant les deux ; il avait montré, l’espace d’un sourire et de quelques pas, combien il méritait l’hystérie de la possédée. En même temps qu’il l’exaspérait, certes, elle aurait pu lui reconnaître un certain zèle quant à l’application de son jeu d’hypocrite ; la grâce folle avec laquelle il était entré, son sourire et maintenant cette précaution dans ce lieu misérable qui tendait à se désagréger au fil de leurs mensonge, étaient certainement interprétés avec panache. Mais bien qu’elle eût commencé les hostilités à coup de faux-semblants, elle se rendit compte du désir qu’elle avait à contempler de nouveau les craquelures de son visage. Elle attendait, trépignante, le moment où elle le verrait se soumettre à son désir et enfin, cet instant où elle pourrait lui crier au visage « Un monstre ! » Mais pour le moment, elle se contenta d’une œillade complaisante et d’un « Vous me flattez. ». Il fallait tenir son rôle.

Le caprice d’un « whisky, dix ans d’âge » la poussa même à croire qu’il avait réussi à ne plus se détacher de son costume de prince. Ses yeux brillaient des promesses offertes par l’alcool et il joua les enfants avec une telle candeur que Sybil crut d’abord retrouver son amant. Balayée par un léger secouement de la tête, cette idée disparut aussi rapidement qu’elle était apparue. « Je crains ne pas pouvoir vous satisfaire aussi bien que vous le désireriez. » Elle fit une moue faussement désolée qu’elle exagéra de stupidité. « Je vais demander à quelqu’un si nous n’aurions pas… Moins exigeant. Excusez-moi. » Le quittant avec un sourire, elle atteignit la porte avec un air sombre. La porte s’ouvrit doucement et elle passa la tête par l’entrebâillement ; Denis était là, assis à quelques mètres de la porte. Il semblait inquiet et quand il vit Sybil, son remord tordit son visage dur. Il ouvrit la bouche, prêt à débiter son inutile supplique, mais la jeune femme le fit taire en parlant la première. Elle s’était approchée de lui et avait quitté le cadre offert par la porte de sa loge, fermée silencieusement. « Monsieur veut un whisky. Dix ans d’âge.Ah. » Il soupira. « Justement, j’en ai au cas… - Non. » Elle le coupa par amertume, avant qu’il ne puisse tromper ses desseins ; un mot de plus et il devenait un traître. « Prends un mauvais. Le pire. On l’emmerde, ce salaud. » Sa langue claqua de cette étrange vulgarité, tout comme ses talons lorsqu’elle regagna sa loge. Elle ne prit pas le temps de voir la surprise sur le visage de Denis, ni son grattement de tête, probablement provoqué par une certaine incompréhension. Dans l’entreprise qu’elle menait, il ne pouvait malheureusement pas comprendre ; il alla d’ailleurs chercher la boisson demandée sans chercher à saisir ce qui se déroulait dans la pièce où venait de rentrer Sybil.

« Malheureusement, c’est bien ce que je craignais, nous n’en avons pas. J’espère que vous n’en tiendrez pas rigueur. » Elle reprit place sur la chaise qu’elle avait tirée pour elle ; elle s’avança pour se mettre plus en face de lui. « Bien. » Elle souriait toujours, la menace aux bords des lèvres. « Ainsi vous souhaitez me connaître ? » Sans le quitter des yeux, elle poussa un « hmm » de brève réflexion. « On ne peut jamais vraiment connaître les personnes à qui l’on fait face, surtout si la rencontre est aussi récente que la nôtre. Les portraits ne se peignent pas en une heure ; le mien me serait trop long à vous décrire. » Penchée vers le visage de son ancien amant, la possédée ne quitte pas son sourire. Ses lèvres, surtout, se délectent de chaque seconde qui coule ; elles cherchent à faire durer ce fameux calme, celui avant la tempête. « Mais vous, que voyez-vous, Mr Gray ? »


In templum daemonum
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Dorian Gray
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MessageSujet: Re: you know I'm no good (dorian & sybil) Jeu 14 Avr - 13:43

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you know I'm no good
ft. Dorian Gray & Sybil Vane
Quel que soit le lieu, le défi qu’il s’était mis en tête de réaliser, l’aventure – c’était ainsi qu’il désignait toute activité sortant de l’ordinaire – dans laquelle il s’était lancé, Dorian agissait comme un conquérant, ayant déjà vaincu tous les obstacles, ayant déjà tout vu, et tout compris. C’était bien sûr dans la nature intrinsèque de tout dandy, de tout dilettante de la haute société, faire comme si tout vous appartenait, comme si vous étiez maître en toute chose, en toute société, avoir toujours l’air d’un prince, d’un roi en visite. Et il occupait se rôle là à la perfection. Pour tout dire, ce n’était ni un rôle ni un masque, mais une manière d’être, une éducation, dont on se défait difficilement. Dorian n’avait même jamais osé y songer. A s’en défaire, il faut bien dire, que cela lui était utile. Socialement, cette attitude excusait tout, ses actes manqués, ses gestes, son manque de travail, son inconsistance, son mépris affiché, et son arrogance. Pour sa cruauté, elle ne s’expliquait ni se justifiait mais était pardonnée. Parce qu’il avait du sang bleu, et les poches pleines d’argent. Et que personne ne vous dit rien tant que vous évitez les scandales. Même si, la haute société anglaise adore les scandales. Rien de tel que la jeunesse, la mort et l’amour réunit pour ravir la haute société. Mais Dorian cachait ces activités là, dès que ça devenait trop immoral, trop illégal, il faisait comme tous les monstres, il planquait tout sous le tapis, et laissait les cadavres s’amonceler dans les armoires.

Le dandy avait demandé une boisson onéreuse qui avait peu de chance d’être possédée par le cabaret. Mais les gens de sa race, les gens de la haute, étaient naturellement enclin à exiger tout. Tels des rois en visite. Il la couvrit d’un regard plein de désir alors qu’elle se leva pour remplir ses exigences du mieux qu’elle pouvait. Bien sûr, il aurait préféré qu’elle restasse ici avec lui, mais il ne pouvait totalement se défaire de ses habitudes. Quand elle revint, lui déclarant ne pas avoir ce qu’il demandait, il la regarda en souriant, secouant la tête. « Ce n’est rien, finalement je n’ai pas si soif que cela. » répondit-il de sa voix charmante. En réalité, il pensait se sustenter d’une tout autre manière. Le whisky lui manquerait, néanmoins, il était trop habitué aux bonnes choses pour s’en passer quand il les désirait, et au fond de lui, il n’aimait pas être déçu. Tel un enfant, il n’avait pu s’empêcher d’avoir l’air triste et déçu à la fois, comme un enfant réalisant que le père noël n’a pas du tout répondu à ses attentes. Ses yeux semblaient presque prêt à pleurer, juste avant qu’il ne se reprenne et redevienne aussi charmant que possible. Tel un chat, il rebondissait toujours. Son éducation voulait ça. Mais sa nature même, ce détachement, cette froideur, l’aidait incontestablement. Rien n’avait jamais d’importance à ses yeux.

Le jeu des devinettes l’avait toujours amusé aussi s’y plia-t-il avec un certain amusement. « Je vois une belle jeune femme, aux traits nobles, qui a l’air d’être tombé de son nid. En vérité, mademoiselle, vous n’avez pas l’air d’une fille du peuple. J’aurais presque parié que vous venez du même milieu que moi, de votre naissance, mais que, quelque chose, quelqu’un, vous en a fait sortir. » Il la dardait de ses yeux, fin observateur il avait remarqué la blancheur de son teint, la finesse de ses traits, la petitesse de ses mains dont la paume était impeccable. Une fille du peuple aurait passé du temps à travailler, laver, récurer, ça vous abîme les mains, et seuls les riches échappaient aux rayons du soleil au point d’avoir un teint laiteux. « Peut-être êtes vous tombée amoureuse d’un soldat, il vous a promis le mariage mais à la première guerre il vous a abandonné ? » supposa-t-il sans même un seul instant songer à la douleur qu’il pourrait provoquer s’il touchait juste. Dorian Gray n’avait aucun cœur et surtout, n’avait pas conscience de la douleur des autres. Il était hermétique à toute empathie. Un monstre de froideur que sa cruauté ne faisait que rendre plus affreux encore. Le charme finissait tôt ou tard par se dissiper, mais souvent, c’était trop tard pour ses victimes.
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MessageSujet: Re: you know I'm no good (dorian & sybil)

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you know I'm no good (dorian & sybil)

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