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hunger of the pine (abraham & sybil)

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Sybil Vane
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MessageSujet: hunger of the pine (abraham & sybil) Mar 23 Fév - 18:21


hunger of the pine
ft. Abraham Van Helsing & Sybil Vane
Le tintement de la clochette chez Perkins vint briser le silence de l’échoppe. En passant la porte, Sybil ne fit face qu’au vieux Tom qui venait à peine d’ouvrir les volets de son magasin. Si l’endroit était désert, il se remplirait néanmoins bien assez vite des dames en recherche de coquetterie ; raison de plus pour la jeune femme d’être pressée.
Chez Perkins, on achetait du tissu, des étoffes faites pour habiller les supposées grandes dames de Londres en voyage à Crimson Peak, ce qui, entre la soie et le velours, rendaient les cancans trop nombreux au goût de Sybil. En réalité, la boutique était bien trop modeste pour habiller les aristocrates de la ville et seules les bourgeoises frustrées par le peu de plumes ornant leurs chapeaux venaient dans cette boutique. Sybil, elle, n’y venait que pour ce tissu bordeaux qui manquait à l’une de ses robes, l’une de celles ayant appartenu à l’autre. Tout dans cette course l’agaçait et si ce n’était pas pour voir le sourire de Tom l’accueillant, elle ne se serait jamais donné la peine d’affronter ces femmes qu’elle répugnait. « Ah, mademoiselle Sybil ! J’ai préparé votre paquet, hier. » Alors qu’elle s’approchait du comptoir, le marchand baissa légèrement la tête. « J’y ai ajouté un ruban de la même couleur… Ne répétez pas ça autour de vous, mais… J’ai vraiment apprécié de ce que vous avez fait l’autre soir. » Ce qu’elle avait fait l’autre soir, n’était que ce qu’elle faisait depuis son arrivée à Crimson Peak : chanter pour les vieux bougres comme Tom. Elle le remercia doucement et insista pour lui rendre de l’argent, même si elle était parfaitement consciente de ne pas pouvoir le payer. « Ne vous inquiétez pas pour ça. C’est un cadeau. » Un léger clin d’œil accompagna la confession du marchand et il glissa derrière une porte pour aller chercher le dit paquet. Le regard se porta, comme à chaque fois, sur les rouleaux de textiles aux couleurs chaudes, froides, aux motifs exotiques et sans originalité, à toute cette matière inanimée et qui appelait à la vie. Sybil avait d’abord cherché un travail chez les tisserands afin de payer ses premiers loyers, mais le cabaret était venu et les promesses de la scène avec lui. Tandis qu’elle attendait le retour de Tom, la clochette tinta à nouveau. Deux jeunes femmes, probablement le même âge que son corps, entrèrent avec le froid du dehors ; elles apportaient avec elles les rires et les mots jurant avec la discrétion de leur classe. Elles ne vérifièrent même pas la présence du marchand derrière le comptoir et se dirigèrent vers un rouleau de tissu, ignorant même d’interrompre leur conversation pour saluer Sybil. Les pires.
Elles amorçaient la conversation en évoquant une soirée, puis une autre, puis un bal ou une charité, toujours avec cette voix qui insupporte par sa bouffonnerie. Ces quelques événements qui semblaient leur donner une certaine valeur, étaient évoqués puis répétés sans cesse dans l’espoir d’y déceler un intérêt quelconque. Et aux oreilles de Sybil, l’intérêt ne s’arrêta que sur une phrase à demi entendue sous les étoffes : « On dit qu’un gala sera organisé chez Gray ou peut-être…» Ce n’était pas la première fois qu’on murmurait son nom avec un sourire. Lui, encore lui. Le regard qu’elle lança aux deux jeunes femmes les aurait effrayées, mais elles ne le virent pas, trop occupées à discuter de choses sans intérêt. Elles prononcèrent d’autres noms par la suite, mais tous résonnaient en écho avec celui entendu au début. Celui-là, sur leurs lèvres, à elles, sombres idiotes. Les mains se crispèrent comme toujours lorsque lui, encore lui, revenait à l’esprit de la folle. Le revoir n’était apparemment pas suffisant ; il lui fallait en entendre parler partout autour d’elle. Gray… Elle pensait avoir été assez forte face à lui, mais revoir son visage, immobile dans le temps, l’avait trop déstabilisé pour qu’elle ait une chance de s’en remettre. Étouffée sous son corset, les odeurs et les couleurs des tissus semblaient eux aussi participer à son asphyxie ; même si la contenance que lui imposait le moment l’empêchait de bouger, elle savait qu’en laissant la rage lui gagner les membres, elle allait tout brûler. Absolument tout. De leurs plumes à leurs sourires, elle les aurait griffées jusqu’à les voir devenir poussière. Dans un dernier rictus, elle aurait fait taire leurs rires  et cette pensée la fit avancer d’un pas vers elles, les yeux baignés par le Mal. Alors on lui toucha le bras. Elle se retourna et le paquet se glissa entre les doigts de la jeune femme. Cette fois-ci, un sourire se dessina derrière la moustache du gérant et sans un mot, il ferma les yeux de satisfaction avant de s’éloigner vers les deux autres clientes qui l’attendaient. Sybil le regarda partir, ce vieil homme courbé par des années de travail, une femme malade et un fils disparu quelque part en Amazonie. Elle soupira face au sourire d’hypocrisie marchande qui accueillit les deux jeunes bourgeoises et avant d’en entendre plus, elle sortit de la boutique pour enfin respirer.

Quelques pas sur la pluie des pavés et Sybil sentit ses membres se détendre. Son esprit avait échappé au pire et ce que promettait sa folie passa plus vite qu’elle le pensait. S’abritant sous un porche, elle attendit que l’averse se fasse moins violente et commença à observer les gens qui la rejoignaient. Elle tenta de leur sourire ; ils ne la remarquèrent pas. Seul un enfant l’observait, mais à ce regard curieux elle essaya de ne pas y répondre ; les enfants repèrent les esprits malades trop vite et y perdre trop souvent la raison. Ce que craignait Sybil arriva lorsque le garçon tira sur la jupe de sa mère. « La dame a l’air bizarre.» Bref coup d’œil de la génitrice vers Sybil. « Non chéri, la dame est juste morte. » La possédée tourna la tête, les yeux écarquillés par la peur et l’attention. Les médiums se sentent, leur relation avec la mort est certaine ; cette femme n’avait pas attiré son attention car elle ne pouvait pas être de ces personnes-là. Elle essaya de contenir son effroi tout en la dévisageant. « Je vous demande pardon ? » La mère lui adressa un regard franc et secoua la tête d’un air ennuyé. « Je suis désolée, mon fils… - Non, ce n'est pas ça… Que venez-vous de dire ? » La mère considéra Sybil d’un air plus inquiet et secoua à nouveau la tête en fronçant les sourcils. « Rien, absolument rien. » On chercha alors à échapper aux regards qui commençaient à s’agglutiner autour de la jeune femme. « Mademoiselle… Vous allez bien ? » Elle opina, s’excusa, jeta un coup d’œil vers l’enfant et sortit du porche en entendant les murmures se faire plus denses. En avançant sous la pluie, elle heurta un, puis deux et trois passants. Chaque bousculade était suivie d’excuses bafouillées et prononcées dans un souffle ; par ces murmures qui commençaient à emplir son esprit, elle se mit à jeter sans cesse  des regards inquiets autour d’elle. Il lui semblait que tous se retournaient sur son passage et que ses pas s’emmêlaient pour la faire faillir ; elle accéléra sa course jusqu’à s’adosser contre un mur. Dans une ruelle sombre, elle était seule et pourtant des chuchotements grouillaient sous les murs et les pavés se couvraient lentement de regards inquiets, inquisiteurs et moqueurs. Elle les entendait et les voyait tous. Un homme passa à côté d’elle et s’arrêta. Il lui demanda si elle allait bien, elle ne lui répondit pas ; il lui parla d’un médecin dans la rue parallèle à celle-ci, « J’en ressors voyez-vous. », lui dit-il ; elle ne lui répondit pas. Mais lorsqu’il saisit son bras pour la soutenir, elle lui ordonna de la lâcher et le visage déformé par le délire, elle se sépara de l’homme. Immobile, il la regarda partir en titubant, le paquet sous le bras.

Comment trouvait-elle la force de marcher ? elle-même ne le savait pas. Son souffle se faisait plus saccadé, plus fou ; elle ne savait même pas où aller. Une plaque à côté d’une porte l’attira vers ce bâtiment aux briques rouges dont les escaliers lui parurent interminables. Les gravir ne l’empêcha pas de frapper à la porte, d’attendre quelques secondes avant de s’écrouler dans un soupir. Battue par la pluie, elle demeura allongée sur le sol devant la porte, enfin seule et engloutie par les ombres.


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Abraham Van Helsing
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MessageSujet: Re: hunger of the pine (abraham & sybil) Mar 15 Mar - 22:28



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« Je vous souhaite une bonne journée, Monsieur Van Helsing. Qui dois-je préparer pour demain ? » Monsieur Johns, gérant de l’asile de Crimson Peak remonta ses lunettes sur son long nez tandis qu’il griffonnait quelques mots sur son registre de visite. Voilà quatre ans qu’Abraham fréquentait l’établissement et rapidement, il avait pu établir chez le vieil homme des habitudes tenaces qui ponctuaient son quotidien et qui faisaient de lui un hôte très pointilleux : même en tant que médecin, Abraham devait montrer patte blanche à chaque arrivée. A chaque départ, c’était toujours la même rengaine : vérifier qu’il n’avait rien embarqué discrètement au détour d’au revoir toujours interminables, noter minutieusement les heures durant lesquelles il était entre ces murs, répertorier la durée de ses séances et l’état du patient avant et après celle-ci. Monsieur John était un homme que la sénilité guettait depuis des années et qu’il combattait à grands coups de crayon et de volubilité. Il chérissait l’institution dont il avait la charge depuis quarante années maintenant et il était déterminé à ce que tout demeure comme il l’avait planifié, quitte à enfermer l’asile dans des méthodes et des ordres de pensées qui ne seyaient plus à son époque. Van Helsing était ainsi à la fois son meilleur médecin et sa plus grande menace. S’il avait accepté ses expérimentations, c’était bien parce qu’il n’était pas au courant de tout. En témoignait les pilules dans une poche cachée de sa veste qui finissaient au rebut alors qu’ils étaient destinés à être avalés par ses patients. C’était un royaume que le vieillard s’était construit et le temps n’était pas encore venu de perturber des convictions qui ne sauraient durer. Car Van Helsing en était persuadé : Monsieur Johns finirait par franchir les portes de l’asile, mais les deux pieds devant. Il lui adressait toujours son sourire le plus poli mais le plus intraitable quand il répondait à cette même question par cette même réponse : « Je ne veux pas que mes patients soient préparés, Sir. C’est justement quand leur esprit est totalement libéré qu’il est le plus productif. Je m’occuperai de leur traitement moi-même. Laissez-les dormir longtemps cette nuit et ne froissez aucune volonté jusqu’à ce que j’arrive. » Les dernières politesses et Van Helsing s’était réfugié dans sa diligence qui le mènerait jusqu’à son manoir dans les hautes sphères de la petite ville. D’ordinaire, il attardait son regard ça et là sur les quartiers qu’il traversait, véritable condensé de vie qui offrait toutes les raisons à la folie qu’il observait et combattait jour après jour. D’ordinaire, il aimait se sentir proche des pauvres âmes fragiles qui n’avaient pas eu la détermination que les péripéties de sa vie d’homme avaient forgée. Mais aujourd’hui, il était las. Aujourd’hui, il laissa les rideaux de coton noir fermés et il en profita pour ôter son chapeau et ainsi abandonner toute la façade professionnelle et l’aura rassurante qu’il avait besoin d’exposer aux yeux du monde. Il était de ces journées où le poids des responsabilités et des craintes était trop fort et aujourd’hui, elle pesait plus que jamais sur ses épaules usées.

La pluie commençait à s’abattre sur les rues de Crimson quand une roue de la diligence décida de sortir de son essieu, maltraitée par les pavés glissants. Abraham crut d’abord à une attaque : la violence de l’arrêt de la voiture ainsi que les hennissements surpris des chevaux réveillèrent ses instincts de chasseur. Voilà la raison pour laquelle il s’efforçait de prendre des diligences lorsqu’il circulait – surtout la nuit. Les chevaux étaient les meilleurs radars des anomalies. Sa main s’égara sur le poignard qu’il gardait toujours dissimulé dans sa poche intérieure mais avant qu’il n’ait eu le temps de jeter un coup d’œil dehors, le cocher le rassura quant à la nature de ce chaos brutal. « Pardonnez-moi monsieur, mes filles sont un peu trop enthousiastes à la tâche, cette vieille carcasse n’a pas résisté plus longtemps. » Malgré son sourire qui se voulait rassurant, Abraham prit soin de ne pas dévoiler ses doigts tremblants de nervosité qui agitaient ses gestes. « Ce n’est pas grave mon bon monsieur, je vais vous payer la course jusqu’ici et je vais poursuivre à pied. Je ne suis pas loin de toute manière. » Il tendit son dû à un chauffeur surpris. « Sous cette pluie battante ? » Abraham entreprit déjà de descendre, sa sacoche de médecin à la main. « La pluie n’a jamais tué personne, n’est-ce pas ? Prenez soin à ce que les sabots des bêtes ne soient pas endommagés et je vous attends demain à l’heure habituelle, Sir. » Le médecin n’avait jamais tenu rigueur les âmes humains pour les fautes provoquées par le destin ou l’infortune. Nature avait ses raisons que le cerveau humain ne pouvait pas encore saisir, à commencer par ses petits tours génétiques qui faisaient naître des créatures assoiffées au milieu des mortels. Sa main libre retenant son chapeau qui menaçait à tout instant de quitter son crâne, Abraham s’empressa de traverser les rues qui le menaient jusqu’à sa demeure de brique rouge. Il reconnut bien rapidement sa bâtisse gigantesque qui s’érigeait au bout d’une cour rectangulaire bordée d’appartements luxueux. Il aimait la prestance et la lourdeur de l’architecture qui rappelait la richesse de sa famille mais également son besoin de se protéger du monde extérieur. Et tandis qu’il approchait, ses yeux tombèrent sur une silhouette déchue qui semblait avoir bravé les éléments pour venir s’échouer devant sa porte.
Une jeune femme évanouie. Personne ne lui prêtait attention, elle réfugiée dans l’ombre du perron. Abraham se précipita à son aide. Il s’agenouilla pour venir tapoter les joues de la demoiselle qui ne se réveillait toujours pas. Le dos de ses doigts vint se poser sur son front qui perlait de sueur mêlée de pluie pour y sentir une température légèrement élevée. Il glissa alors ses bras sous ses genoux et derrière son dos pour la soulever contre lui. D’un geste habile dont lui seul connaissait le secret, il ouvrit la porte à la volée d’un coup de talon bien placé pour s’engouffrer dans l’ouverture. « Mesdames ! De l’eau chaude et des couvertures ! »

Ce ne fut que deux heures plus tard que des yeux perdus s’ouvrirent sur un docteur qui prenait sa température, assis sur un lit, les cheveux gouttant encore de la tempête de laquelle il l’avait extirpée. « Vous savez, il suffisait de frapper si vous vouliez entrer. » plaisanta-t-il, faisant parcourir son stéthoscope de métal au creux du coude de l’inconnue. « Je suis le docteur Van Helsing. Qu'est-ce qui vous est arrivé ? »




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Sybil Vane
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MessageSujet: Re: hunger of the pine (abraham & sybil) Ven 1 Avr - 22:23


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Il fait nuit. Du moins, elle le croit. Avant de distinguer tous ces bruissements, celui de sa robe, celui d’une voix, elle remarque quelques échos éclatant partout autour d’elle. A mesure qu’ils éclatent, ils l’enserrent, la gardent figée au sol, collée contre la terre avant de s’y enfoncer. Elle ne sait pas si elle a déjà sombré ainsi ; elle ne sait plus. Elle se souvient seulement des yeux qui la fixaient lorsqu’ils s’inscrivaient dessous les pavés à l’argile rougie. Le coup fatal que lui porterait cette couleur, elle l’avait senti venir ; comme il lui grattait la gorge et lui piquait les yeux, le rouge commençait à l’étouffer lentement. Alors, dans la nuit ou même lorsqu’elle fermait les yeux, elle se persuadait de ne plus faire attention à la couleur et la sensation disparaissait. C’était apaisant. Se noyer ainsi dans les ténèbres, face contre terre, laisser les membres et les détails d’une robe s’engorger de pluie, c’est toujours agréable. Sa respiration se fit plus légère et silencieuse ; on eût dit qu’elle venait de prendre une décision qui l’avait subitement calmée. Devant elle se dressait le même choix qui l’avait fait faillir une première fois et parce qu’elle faisait face à la nécessité de décider, elle y songea à nouveau : la noyade. Elle y avait pensée lorsqu’était venu le moment de choisir sa mort, à Londres, lorsqu’elle était encore blonde. Dans la perspective de laisser son corps se faire porter par les remous sales de la Tamise, elle avait vu quelque chose de doux, comme une éternelle et subtile berceuse. Mais au moment de faire face aux noirceurs du fleuve, elle avait remarqué que dans cet engloutissement se trouvait aussi l’oubli. Certains auraient dit : « ah, elle a dû partir loin de Londres. Fuir la ville. Rien de grave. » ; d’autres auraient répondu dans un haussement d’épaules : « Elle reviendra. » Personne ne se soucierait de sa disparition, si ce n’était son frère. Mais elle ne voulait pas qu’il se torturât à se lancer dans une vaine recherche. Il fallait qu’il contemple son cadavre, quitte à pleurer et à lui aussi embrasser la Faucheuse. Elle sourit dans ce qui ressemblait davantage à une grimace. Les mains des murs d’il y a quelques minutes se glissèrent dans la terre et la prirent dans leurs bras. La mort, une seconde fois, mais cette fois-ci plus tranquille. Pas de convulsion, juste la vague de toutes ces mains enfouies dans le sol qui l’emporte. Son frère était mort de toute façon. Plus rien à perdre si ce n’est la folie des vivants.

Pourtant, de cette quiétude promise par les murmures, on l’arracha. Elle la sentit, cette élévation du corps, brutalement détaché des mains des morts. Ils l’appellent, mais elle est trop engourdie pour leur répondre. Sa tête flotte dans les bras de quelqu’un ou quelque chose ; elle ne l’interrompt pas par un regard lorsqu’il décide de l’arracher des doigts crochus. Peut-être ne devait-elle pas encore mourir, peut-être lui fallait-il affronter encore un peu le rouge du sang des autres. Elle crut entendre une voix forte dans un coin de son crâne. Elle n’était pas douce comme la Mort, pas charmante comme le Prince déchu ; elle était assurée et autoritaire. Elle était comme la voix de son père, non, de son frère ; comme celle de tous les hommes qu’elle avait abandonnés et fait souffrir. Désolée., glissa-t-elle en revoyant danser leurs spectres tandis qu’elle flottait dans les bras d’un autre. Pardon de vous avoir tués, vous aussi. Ils souriaient avec elle ; son frère secouait la tête comme s’il avait voulu lui dire que ce n’était pas grave, que la vie entre la suie et la boue ne le méritait de toute façon pas. Les yeux se fermèrent un peu plus fort et lorsqu’elle voulut les rouvrir, les ombres s’étaient évaporées. Maintenant qu’ils avaient disparu, elle pouvait commencer à s’effacer, elle aussi. Elle dessina un sourire apaisé aux bords des lèvres, prête à répondre à celui ou celle qui l’avait porté jusque-là. « Merci », murmura-t-elle sans vraiment réfléchir aux paroles de l’ombre désormais assise à côté d’elle. Un frisson lui parcourut le bras avant de se loger au creux de son coude. Elle posa sa main sur ce qui semblait être un avant-bras et répéta toujours aussi calmement « Merci. » Elle souriait toujours.

« Mais de rien, mon ange. » Cette voix n’était plus catégorique et assurée ; elle s’était faite mielleuse et asphyxiante. Les yeux brusquement écarquillés, elle découvrit celui qui était à côté d’elle : un serpent en frac, le sourire du démon derrière les traits d’un ange. Lui, lui, lui… Qui d’autre que lui ? Le monstre qui l’avait achevée une première fois l’avait apparemment retrouvée et il l’avait portée à nouveau vers la mort. Elle lâcha le bras du démon et s’écarta violemment de celui qui daignait finalement veiller à son chevet. Il se mit à rire et elle ne put empêcher la grimace de dégoût et d’horreur qui s’inscrivait violemment sur les traits de son visage. Peut-être était-ce devenu une habitude, mais lui ne pouvait être que condamné à l’abominable répulsion de la possédée. Livide, elle pensa défaillir à nouveau, mais dans un ultime mouvement de force, elle s’agrippa à nouveau à l’avant-bras de cet amant damné. A peine voulut-elle éructer sa colère, qu’une parole, coincée derrière l’opacité de son âme de folle, résonna en écho. Légère, elle n’éclata pas comme les échos de tout à l’heure, se faisant plus claire à mesure que Sybil cherchait à la comprendre. Finalement, elle répéta ce qu’elle avait cru entendre : « Van Helsing. » Sa poitrine se souleva dans un soupir et l’illusion prit fin. Ce n’était pas le visage de son Prince déchu qu’elle avait devant elle ; ce n’était qu’un homme d’une quarantaine d’années, aux épaules larges et aux cheveux mi-longs. Il n’avait rien du visage fin et enjôleur de celui qu’elle pensait avoir vu ; ce n’était pas Dorian. Face à une telle méprise, elle lâcha les serres qu’elle avait refermées sur l’avant-bras de l’homme et les porta à ses lèvres, fixées dans un sursaut de confusion. Ses joues se réchauffèrent et Sybil imagina ce que cette sensation signifiait ; elle-même ne pensait plus être capable de rougir. Et pourtant, c’était bien ses joues qui rougissaient et son regard qui tremblait comme les enfants pris en train d’espionner une femme nue. Elle porta son regard sur les marques laissées sur l’avant-bras ; comme des petites cicatrices, elles parsemaient la peau rougie de ce Van Helsing. « Je… Excusez-moi… Je suis désolée. » Nouvelles défaites. Si elle n’avait pas été aussi embarrassée, si elle ne s’était pas sentie aussi humaine, elle n’aurait sûrement pas fait preuve d’autant de délicatesse. Elle avait honte, se sentait stupide et faible. Les gens n’avaient pas l’habitude d’examiner sa folie, tout simplement parce qu’elle n’en faisait jamais la démonstration, en tout cas, jamais avec autant d'emportement. Tout devait être calculé. Ici, avec lui, elle avait glissé. Elle se décala encore un peu pour s’asseoir aux bords du lit. Même si elle lui tournait le dos, elle sentait son regard pesant et interrogateur. Avant qu’il ne vienne briser sa voix contre l’échine de son dos, Sybil lui dit « Je ne peux pas vous déranger davantage. Je vous remercie de… vos soins. » Ses mains appuyées sur le dessus du lit, elle tenta de se lever, mais apparemment, les quelques forces restantes avaient été utilisées dans ses dernières paroles. Elle ravala sa salive sans se tourner vers l’homme qu’elle n’osait plus regarder. Partir, vite, pour quitter sa vie aussi précipitamment qu’elle y était entrée. Vite et sans remous.


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